Né à Calcutta en 1872, Aurobindo Ghose, comme Helena Blavatsky, subit la fascination des anciens textes de l’hindouisme, mais il se distingue d’elle en adoptant la voie de la philosophie spirituelle, avec un mode d’expression plus ordonné et plus abstrait.
Persuadé que la culture britannique était supérieure à la culture indienne, le père Ghose envoie ses aînés faire leurs études en Angleterre. Aurobindo quitte l’Angleterre en 1893. Il déclarera plus tard avoir ressenti un vaste sentiment de calme lorsqu’il a débarqué dans son pays natal. Il ne savait rien du yoga à cette époque. Il commence à le pratiquer sans professeur. En 1909, il rencontre un yogi, Vishnu Bhaskar Lele, qui lui apprend à méditer :
J’ai une grande dette envers Lele pour m’avoir montré ce mécanisme : « Asseyez-vous en méditation, me dit-il, mais ne pensez pas, regardez seulement votre mental ; vous verrez les pensées entrer dedans. Avant qu’elles ne puissent entrer, rejetez-les, et continuez jusqu’à ce que votre mental soit capable de silence complet. » […] Simplement je m’assis et fis comme il m’était dit. En un instant, mon mental devint silencieux comme l’air sans un souffle au sommet d’une haute montagne, puis je vis une, deux pensées venir d’une façon tout à fait concrète, du dehors. Je les rejetai avant qu’elles ne puissent entrer et s’imposer à mon cerveau. En trois jours, j’étais libre. A partir de ce moment, l’être mental en moi devint une Intelligence libre, un Mental universel.
On himself
Comment Aurobindo Ghose a-t-il assimilé le concept d’évolution qui avait tant bouleversé les scientifiques – et le grand public – de la seconde moitié du XIXe siècle ? En biologie, la signification profonde de l’œuvre de Gregor Mendel (1822-1884), moine autrichien ignoré de son vivant par la communauté scientifique, n’est reconnue qu’au tournant du XXe siècle. L’idée d’évolution d’un corps physique, vital, mental à partir de gènes microscopiques ne pouvait que séduire Aurobindo dans sa recherche sur le déploiement des formes vivantes révélant progressivement l’être divin, origine et moteur de l’évolution.

Mais Sri Aurobindo n’est ni un mystique, ni un occultiste comme Blavatsky ; c’est avant tout un philosophe qui cherche à réhabiliter l’antique philosophie des brahmanes :
L’époque a ses exigences, et il devient impératif que le savoir indien révèle à l’occidental ses fondements scientifiques. Car si nous ne le faisons pas nous-mêmes, les Européens le feront à notre place et le feront mal, discréditant au passage le savoir. Le phénomène de la Société Théosophique nous avertit d’une urgence pressante. Il ne suffira jamais de permettre à la science du savoir indien d’être représentée en Occident à travers ce médium étrange et déformant. Car cette société de chercheurs européens et dirigés par des Européens est née d’une impulsion sur laquelle l’Esprit du Temps lui-même insiste ; leur objet, vaguement saisi par eux, était au fond la coordination systématique, l’explication et la pratique de la religion orientale et de la discipline mentale et spirituelle orientale …
La psychologie du Yoga
S’intéressant à tous les grands penseurs de la première moitié du XXe siècle, Sri Aurobindo intègre dans sa philosophie les avancées de la physique quantique et la découverte de l’inconscient :
Il est maintenant évident que la Matière n’est, en aucune façon, fondamentalement réelle ; c’est une structure de l’Energie. On commence même à se demander si les actes et les créations de cette Energie elle-même peuvent s’expliquer autrement que comme mouvements de puissance d’un Mental secret ou d’une secrète Conscience dont ses processus et ses étapes structurales seraient les formules. Il n’est donc plus possible de considérer la Matière comme l’unique réalité. L’interprétation matérialiste de l’existence résultait d’une concentration exclusive, d’une recherche portant sur un seul mouvement de l’Existence. […] Mais une solution de tout le problème de l’existence ne peut reposer sur une connaissance exclusive et unilatérale ; nous devons savoir non seulement ce que sont la Matière et ses processus, mais ce que sont le Mental et la Vie et leurs processus, et il faut également connaître l’Esprit et l’âme et tout ce qui se trouve derrière la surface matérielle.
La Vie divine, tome 2
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