Le mental dans la Doctrine Secrète

Selon les enseignements védantins et bouddhistes, les principes humains sont :

  1. Atmâ : l’Esprit qui fait Un avec l’Absolu, dont il est le rayonnement
  2. Buddhi : l’âme spirituelle, le véhicule de l’esprit pur et universel
  3. Manas : le mental humain supérieur illuminé qui relie la Monade à l’homme mortel
  4. Kâma Rupa : le véhicule des désirs et des passions animales
  5. Prâna : le principe vital
  6. Linga Sharira : le corps astral ou « double » éthérique
  7. Sthula Sharira : le corps physique.

Ces sept principes obéissent à la loi qui fait descendre l’Esprit (Atmâ) dans la Matière (le corps physique). Le but de l’évolution est de faire remonter l’âme vers l’Esprit. Kâma Rupa, le corps des sentiments, et Manas, le corps mental, constituent le pont par lequel s’effectue cette remontée.

La nomenclature védantine a subi bien des modifications au cours des âges. Depuis la doctrine hindoue, les Egyptiens, les Chaldéens, les Grecs Platon et Aristote, la tradition hermétique, les Néoplatoniciens, les Gnostiques, les Spirites et les Occultistes, ont donné leur propre vision de la constitution de l’homme. Le corps astral, entre autres, est soit confondu avec le corps éthérique, soit défini comme le véhicule des émotions et des sentiments, donc proche du Kâma Rupa. Pour le Maître Djwal Khool, le Kâma Rupa représente le Mental inférieur et le Manas le Mental supérieur.

Si l’on part du corps physique, il est intéressant d’observer que du principe vital émerge le véhicule des désirs, et que dans celui-ci se forme le mental, comme si chaque « enveloppe » donnait naissance à un nouveau véhicule, toujours plus lumineux.

Le 2e tome de la Doctrine Secrète, centré sur l’Anthropogenèse, nous donne un aperçu du développement mental au cours des cinq Races-Racines. C’est au cours de la 4e Race, celle des Atlantes, que nous voyons émerger un intellect un peu semblable à celui de la 5e Race, la nôtre : les Sura (les dieux) deviennent des Asura (des non-dieux), chargés de canaliser l’Ame universelle et immortelle en un Soi singulier et mortel ; ce sont eux qui lient l’âme au corps. Ce faisant, ils emprisonnent l’âme, mais ils lui montrent aussi le chemin pour retrouver son identité divine.

La Stance X dépeint des géants qui se prennent pour des dieux, pratiquent la sorcellerie et construisent la fameuse Tour de Babel. Le mental inférieur, ou mental concret, est donc bien développé, mais le mental supérieur, ou mental abstrait, ne suit pas le même rythme, d’où les erreurs d’appréciation qui mènent les hommes dans des impasses. A titre d’exemple, intéressons-nous à l’histoire de l’intelligence intuitive.

Sloka 42

« Ils élevèrent des temples pour le corps humain. Ils adorèrent les mâles et les femelles. Alors le Troisième Œil cessa de fonctionner. »

On comprend que les hommes de la Quatrième Race s’émerveillèrent devant la beauté des nouveaux corps denses, mais ce culte dégénéra en phallisme et en culte sexuel. Leur science était innée puisqu’ils vivaient en communion avec tous les êtres. « Ils commandaient aux éléments, connaissaient les secrets du Ciel et de la Terre, ceux de la mer et du monde entier, et lisaient l’avenir dans les étoiles… Tous ces êtres ont pour caractéristique la magie et la sorcellerie », écrit l’archéologue et philologue  Georg-Friedrich Creuzer (1771-1858). Cependant, à mesure que le temps passait et qu’ils s’enfonçaient dans la matière, le souvenir de leurs connaissances s’estompait et leur étincelle de divinité s’affaiblissait ; on peut donc les excuser d’avoir adoré « des mâles et des femelles », d’autant plus qu’ils ne se livraient plus à des ébats contre-nature, comme leurs ancêtres Lémuriens. Sans doute avaient-ils observé que la stérilité était le seul résultat de ces accouplements.

Expliquons maintenant le phénomène du Troisième Œil. La mythologie grecque décrit les Cyclopes, des géants pourvus d’un œil unique au milieu du front. Ils sont forgerons, bâtisseurs de cités cyclopéennes  comme Thyrinthe, ville natale d’Héraclès/Hercule, ou pasteurs comme Polyphème. Mais il se pourrait que la Quatrième Race primitive ait été pourvue de trois yeux avant que le corps humain ne devînt parfait et symétrique. Les Occultistes croient que l’involution spirituelle et psychique va de pair avec l’évolution physique, autrement dit que les sens internes des premières races humaines s’atrophièrent au cours du développement des sens externes. Les Atlantéens suppléèrent à la perte du Troisième Œil, qui se pétrifiait progressivement, en réveillant la vision interne par l’usage de stimulants artificiels. L’œil s’enfonça profondément dans la tête, mais durant la transe et les visions spirituelles, son reliquat, la glande pinéale, se gonflait et se dilatait. C’est une petite glande endocrine (appelée aussi épiphyse) de l’épithalamus du cerveau des vertébrés ; elle sécrète la mélatonine et joue donc un rôle central dans la régulation des rythmes biologiques, comme l’alternance de la veille et du sommeil. L’anatomie et l’embryologie comparées montrent que certains neurones de la glande pinéale ont la même origine évolutionnaire que les photorécepteurs de la rétine.

Chez certains reptiles et oiseaux, elle se situe juste sous la surface du crâne, et c’est là qu’elle capte l’intensité lumineuse du monde extérieur, permettant ainsi d’ajuster le rythme circadien de l’animal : elle serait en quelque sorte le troisième œil des vertébrés primitifs. « Il y a des taupes et des mulots aveugles, écrit Haeckel, des serpents et des lézards aveugles… Ils fuient la lumière du jour et habitent sous terre. Ils n’étaient pas aveugles à l’origine, mais avaient évolué au sein d’ancêtres qui vivaient au grand jour et avaient les yeux bien développés. » (Haeckel, Pedigree of Man, 1874).

Outre la mélatonine, la glande pinéale produit naturellement une très petite quantité de diméthytryptamine – DMT en abrégé ; on peut augmenter sa concentration par l’apport de substances contenues dans différentes plantes, dont certaines entrent dans la composition de boissons hallucinogènes comme l’ayahuasca ou la poudre à priser yopo, utilisées lors de cérémonies chamaniques. Son usage pour ses propriétés psychotropes remonte à plusieurs millénaires. Dans les années 1980, les recherches du psychiatre américain Rick Strassman ont montré que la DMT, qui agit au cours de nos rêves mais aussi au moment de notre mort,  procure un effet hallucinogène quasi immédiat et de courte durée ainsi qu’une expérience de mort imminente dans certains cas. Strassman suggère que les expériences DMT ressemblent le plus à celles trouvées dans le modèle de prophétie de la Bible hébraïque. Est-ce qu’Isaïe se trouvait sous l’influence de la DMT quand il prédisait la débâcle du royaume d’Edom et la retraite de Lilith dans le désert ? Les sujets testés par Strassman font état d’images vivement colorées, de visions de créatures(elfes, anges, démons, esprits, extraterrestres, dragons, etc.), de rencontres divines ou de visions totalement psychédéliques

L’embryologie nous montre que l’œil est  formé par le cerveau et le revêtement ectodermique : sur des embryons de quatre-vingt cinq heures on note la présence de plusieurs vésicules céphaliques ; les yeux, issus du diencéphale (partie du cerveau située entre les deux hémisphères, place de la glande pinéale), sont déjà bien développés. C’est exactement ce qu’affirme Helena Blavatsky : « L’œil de l’embryon humain se développe de l’intérieur à l’extérieur ». Et elle ajoute : « Le Troisième Œil se retira intérieurement  lorsqu’il eut achevé son cycle », soit vers la fin de la Quatrième Race. Mais l’avait-il vraiment achevé ? L’homme n’avait-il plus besoin de cet organe de la Connaissance intérieure ? Sans doute fallait-il qu’il utilisât ses yeux physiques pour élaborer un savoir relatif à la Matière, dans laquelle il s’enfonçait de plus en plus ; en effet, ce sont les hémisphères cérébraux qui se sont le plus développés, repoussant au centre la glande pinéale. Seuls les clairvoyants et les médiums peuvent encore l’utiliser. Descartes considérait la glande pinéale comme le siège de l’âme. Sans aller aussi loin, nous pouvons penser qu’un jour les humains retrouveront les pouvoirs éteints de la glande pinéale et poursuivront leur ascension vers la compréhension spirituelle de la vie et du monde.

Cependant, malgré l’extinction du Troisième Œil, le mental concret ne cessa de se développer au cours de la Cinquième Race, qui généra sept Sous-Races. La cinquième Sous-Race, la nôtre, est dominée par les Anglo-Saxons et les Teutons, ancienne tribu d’Europe du Nord d’origine germanique ou celtique. Elle a vu s’épanouir toutes les sciences et les technologies qui caractérisent notre civilisation actuelle, signe de l’essor du mental concret.

Avant elle, la première Sous-Race a prospéré en Asie centrale, dans des royaumes maintenant disparus, et dont les ruines existent encore dans l’Himalaya à travers le Tibet. La deuxième Sous-Race se développa en Inde et dans le sud de l’Asie. La troisième créa les puissantes civilisations de Babylone, de Chaldée, d’Egypte, la quatrième celles de la Grèce et de Rome. C’est l’Inde de la deuxième Sous-Race qui fut le berceau des Vedas, source inépuisable d’informations tant pour Sri Aurobindo que pour Blavatsky. Après cela, les messages du passé deviennent plus flous, plus colorés par les mythologies chaldéenne, égyptienne, grecque et romaine.

Les cinq Sous-Races de la Cinquième Race illustrent avec panache le développement du mental concret, ce qui n’exclut pas, chez de nombreuses personnalités, une avancée vers le mental supérieur, Manas, avant-garde de la société spirituelle annoncée pour la sixième Sous-Race (voir Le temps dans la Doctrine Secrète).

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