L’évolution du mental selon Sri Aurobindo

Sri Aurobindo relie les sept états de conscience aux sept chakras situés le long de la colonne vertébrale :

  1. le Supraconscient : centre coronal, au-dessus du sommet de la tête
  2. le Mental, agissant par deux centres : le centre ajna, entre les sourcils ; le centre de la gorge
  3. le Vital, agissant par trois centres : le centre du cœur, le plexus solaire, le centre sacré
  4. le Subconscient et la Conscience physique : le centre racine, au bas de la colonne vertébrale.

Au total, Sri Aurobindo distingue sept centres. Le mental agissant par le centre de la gorge et le centre ajna est destiné à s’élever jusqu’au centre coronal, évoluant alors en « supraconscient ».

En vrai philosophe, Sri Aurobindo ne s’embarrasse pas d’ères géologiques pour imaginer ce que fut l’évolution humaine : « Une évolution spirituelle, une évolution de la conscience dans la Matière, assumant des formes en constant développement, jusqu’à ce que la forme puisse révéler l’Esprit qui l’habite ». Pour lui, peu importe que les anthropologues retrouvent ou non les fossiles de ces « formes en constant développement », ce qui compte, c’est de décrire le processus évolutif sur une base rationnelle. Il tient pour acquis que la conscience a précédé la forme et qu’elle s’est cachée, involuée, dans les premières formes humaines. Cette conscience s’est déployée très progressivement, tandis que la matière dans laquelle elle se dissimulait s’est développée elle aussi afin de lui fournir les organes nécessaires à sa manifestation. Il existe donc un double mouvement dans l’évolution :

  • un mouvement d’évolution physique qui se reproduit par hérédité.
  • un mouvement invisible d’évolution psychique, qui utilise la renaissance pour assurer l’évolution de l’âme dans la forme, chaque vie étant ainsi « un pas de plus vers la victoire sur la Matière ».

Finalement, la Conscience-Force libère la conscience secrète involuée dans la Matière. Lentement, par de faibles vibrations, cette conscience se dégage de l’inconscience et parvient à la surface, d’abord dans des formes inertes, éléments chimiques, pierres, métaux, puis dans la matière vivante. C’est une conscience rudimentaire qui apparaît dans les végétaux : orientation vers la lumière, modification de la forme en cas d’agression, échange de signaux chimiques ou électriques, capacité d’adaptation à l’environnement… Chez les animaux, on observe un instinct à demi subconscient dans les réactions à la souffrance et au plaisir, la perception des relations entre soi et l’environnement, la résolution de problèmes concrets, la réaction à des signaux visuels et auditifs, pour certains la reconnaissance de leur image dans un miroir, l’échange par le langage… L’espèce humaine produit un être mental doué de raison, mais cet être subit toujours « l’attraction vers le bas, vers l’Inertie et la Nescience originelles », il est soumis à la domination de la Nature matérielle.

On a donc trois grands échelons dans l’évolution : la Matière, la Vie, le Mental.

L’homme est-il le sommet de l’évolution ? Pour Sri Aurobindo, l’évolution mentale se poursuit, s’appuyant sur le développement du cerveau et du système nerveux, jusqu’à un quatrième échelon, le Supramental, dont la manifestation constituerait une révolution comparable à celle de l’émergence du Mental dans le vivant.

Notre ascension vers le Supramental se fera en cinq étapes, dans lesquelles le Lecteur Attentif reconnaîtra certains états prophétiques .

  1. Le mental supérieur : c’est un mental de connaissance conceptuelle capable d’embrasser le réel d’un seul regard, sans avoir besoin de passer par les ratiocinations du mental ordinaire, ni par le déroulement logique des idées, ni par les mécanismes d’induction et de déduction. Mais ce n’est pas une divination ni une vision intérieure, c’est une connaissance qui vient d’une conscience totale, une révélation de l’Eternelle Sagesse. Ce premier échelon est peut-être celui où se situe le prophète Isaïe., quand il prédit la naissance de l’Emmanuel et le règne du roi David. Le mental supérieur est appelé à s’élargir constamment, à englober une réalité de plus en plus vaste. Il cherche à pénétrer dans la volonté, le cœur et les sentiments, la vie et le corps, de façon à les transformer. « L’énergie suit la pensée », dit souvent le Maître tibétain Djwal Khool, et cet axiome s’applique parfaitement au mental supérieur. Il existe évidemment des obstacles à la descente de cette force mentale dans la vie humaine, laquelle est toujours dominée par l’Inconscience et par l’Ignorance, mais on peut les résoudre en pacifiant et en imposant le silence à notre personnalité.
  2. Le mental illuminé, mental de lumière spirituelle : « Une scintillation d’éclairs de vérité et de puissance spirituelles qui fait irruption dans la conscience ». C’est un état caractérisé par la paix de l’esprit, une aspiration ardente et l’extase de la connaissance. Dans cette lumière apparaissent des visions qui révèlent en un instant une perception globale de la vérité, sans qu’il soit nécessaire de passer par la pensée ; « la conscience du voyant a un plus grand pouvoir de connaissance que la conscience du penseur. » Le mental illuminé s’accompagne d’un enthousiasme (émotion vive et joyeuse, transport divin comme chez les prophètes Ezéchiel et Daniel) qui touche à la fois le cœur, les sentiments, la force vitale et l’action, allant jusqu’à illuminer les cellules du corps – comme dans la transfiguration de Jésus.
  3. Le mental intuitif : c’est le mental proche de la connaissance originelle par identité : dès l’origine, nous connaissons ce qui nous ressemble, parce que nous sommes dans le grand Tout, mais nous l’oublions quand le mental séparateur fait de nous des individus différents. Cette connaissance jaillit comme une étincelle de la rencontre du sujet et de l’objet (vivant ou non). Ou bien la conscience regarde en elle-même et prend contact avec les forces cachées derrière les apparences. Cette perception est plus qu’une vision et plus que la formulation d’une idée, c’est la réminiscence d’une vérité cachée, un souvenir flamboyant qui s’exprime soudainement au milieu de l’ignorance. Mais l’homme qui perçoit ainsi un message de l’intuition doute souvent de son authenticité et fait appel à sa raison pour distinguer le vrai du faux, l’intuition authentique et la communication avec d’autres sources de pensée ; pourtant, à ce niveau, la raison est inopérante. L’homme qui doute doit se fier au dernier des quatre pouvoirs de l’intuition, qui sont : un pouvoir de vision révélatrice de la vérité (comme les visions prophétiques) ; un pouvoir d’inspiration ou d’audition de la vérité (comme quand « la voix de Dieu » se fait entendre du haut du ciel) ; un pouvoir de saisir immédiatement sa signification (comme dans l’interprétation des rêves de Nabuchodonosor) ; un pouvoir de discerner vraiment le rapport exact des vérités entre elles. Ainsi l’intuition peut-elle accomplir toutes les tâches de la raison. Elle peut même imprégner le subconscient et pénétrer l’obscurité de l’Inconscience.
  4. Le Surmental : c’est un pouvoir de conscience cosmique, un principe de connaissance globale, une expansion de conscience dans toutes les directions. Mais cette nouvelle compréhension n’est possible que pour l’homme qui a remplacé le mental de surface (l’intelligence de la personnalité) par la perception de l’être intérieur : il ne pense plus en tant qu’individu séparé des autres créatures, mais bien en tant que « Moi cosmique », sans pour autant gommer sa personnalité. Cette expansion de conscience lui permet de s’identifier à tout, aux êtres et aux choses, aux pensées et aux sentiments des autres (comme Bouddha qui éprouve de la compassion pour tous les êtres sensibles, comme Jésus qui ressent en lui la douleur de Marthe et de Marie lors de la mort de leur frère Lazare). Toutes les expériences spirituelles précédentes sont intégrées et élargies : intuition, vision, pensée illuminée. L’homme qui vit dans le Surmental est celui qui se dépasse lui-même par l’amour, par l’héroïsme, par l’intensité de sa foi ou de sa créativité, et il en ressent une joie de vivre plus intense. Selon Satprem, ce serait le propre des fondateurs des grandes religions et des vrais créateurs artistiques, chacun exprimant la vérité perçue selon sa personnalité : Moïse exprime la Loi, Bouddha la cessation de la souffrance, Zarathoustra l’opposition entre le Bien et le Mal, Jésus l’Amour, Muhammad la soumission à la Volonté d’un Dieu unique, etc. Mais s’il est le sommet du développement mental, le Surmental n’est pas encore le terme de l’évolution : il faut entrer dans la Transcendance via le Supramental pour pouvoir transformer l’Inconscience et ne plus subir son attraction vers l’obscurité de la Matière.
  5. Le Supramental est le stade de la Vie Divine qui transforme complètement l’être humain et déverse dans sa nature la connaissance et la puissance parfaites. Ce n’est pas un Surmental plus développé, c’est un niveau d’existence au-delà du Mental, de la Vie et de la Matière, une conscience délivrée à jamais de l’Ignorance. Sri Aurobindo appelle cet homme nouveau « l’être gnostique » pour bien montrer qu’il s’agit d’un être de Connaissance et non plus d’un être d’Ignorance comme aux stades précédents.

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