La science et le temps

L’origine du temps

L’origine du temps, c’est le titre du beau livre de Thomas Hertog, un cosmologiste belge né en 1975 qui a travaillé vingt ans avec le célèbre Stephen Hawking sur le thème de l’inflation cosmique. La troisième Stance de Dzyan  évoquait déjà cette expansion de l’univers :

Sloka 1 : … La Mère se gonfle, elle croît de dedans en dehors, comme le Bouton du Lotus.

Le gonflement de la Mère « de dedans en dehors » représente clairement l’inflation cosmique décrite par Georges Lemaître, un autre astronome belge (1894-1966) qui avait démontré que c’est l’espace lui-même qui s’étire comme une toile et qui fait apparaître les galaxies comme s’éloignant les unes des autres. Il découvrit aussi que l’univers avait pu traverser une longue période de très faible expansion pendant laquelle les galaxies, les étoiles et les planètes auraient eu le temps de se former ; il appela ce phénomène « l’univers hésitant », phénomène qui d’ailleurs serait plus favorable à l’expansion de la vie.

L’intuition de Georges Lemaître fut confirmée par l’observation de supernovae, c’est-à-dire de l’implosion des étoiles en fin de vie. L’implosion d’une étoile s’accompagne d’un jaillissement de lumière et de la libération d’éléments chimiques qu’elle a synthétisés durant sa vie : ce sont peut-être « les Fils qui se séparent et se dispersent », selon la métaphore du Sloka 11;

Nous devons aussi à Georges Lemaître l’idée d’un début de l’Univers, sous forme d’un atome primitif hyperdense dont la désintégration donnerait naissance au cosmos : sans l’avoir nommé (c’est Fred Hoyle qui s’en chargera), il imaginait le Big Bang. Or, bien avant lui, les Anciens parlaient d’un Germe, d’un Œuf Cosmique contenant en puissance tout l’Univers. Einstein, son contemporain, rejetait toute idée d’un commencement, s’en tenant à l’image d’un Univers stationnaire.

Stephen Hawking et Thomas Hertog entreprirent de remonter le temps jusqu’au Big Bang. Il y a 13,8 milliards d’années, il n’y avait pas de temps, pas de causalité – donc pas de lois physiques, ce qu’exprime très bien la première Stance de Dzyan :

Sloka 2 : Le Temps n’était pas, car il dormait dans le Sein infini de la Durée.

Sloka 3 : Le Mental Universel n’était pas, car il n’y avait pas de Ah-hi [êtres célestes] pour le contenir.

De même que le Mental Universel n’était pas, faute d’êtres intelligents pour le contenir (Sloka 3), le Temps, l’Espace terrestre et la Causalité n’étaient pas, faute de conscience pour affirmer leur existence. C’est exactement ce que dit la physique quantique : le passé non observé n’existe que sous la forme de spectre des possibles (une fonction d’onde) ; dès qu’il est observé, il se transforme en ondes ou en particules, il prend forme. Le fait d’observer transforme donc ce qui pourrait être en ce qui est.

Mais alors, demande le Lecteur Impatient, quand le Temps a-t-il commencé ?

Le Temps commence avec la conscience qui observe son déroulement. Helena Blavasky ne définit-elle pas le Temps comme « une succession d’états de conscience » ?

Et encore avant la naissance du Temps ? insiste le Lecteur Obstiné.

Avant, c’était le Pralaya, le sommeil du monde, mais seuls les textes ésotériques le révèlent ; la science actuelle ne conçoit le Pralaya que comme « une singularité », soit une région de l’espace-temps où les quantités deviennent infinies. On peut espérer trouver mieux…

Deux façons de se représenter le temps

Dans le paradigme matérialiste, le temps est linéaire, composé de trois « moments » qui se succèdent toujours dans le même ordre, le passé, le présent, le futur ; on parle alors de « la flèche du temps ». Pourtant, Einstein lui-même disait que « La distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle ».

Dans le nouveau paradigme, que nous appellerons intuitif, le temps est roulé en boule : c’est une spirale infinie, une continuité cyclique mais en progrès, dessin qui apparaît dans tous les règnes de la nature, de la coquille de l’escargot à la double hélice de l’ADN. En fait, nous devons élargir cette image d’un fil enroulé sur lui-même, car on sait depuis 1905 avec Poincarré que le temps n’est rien par lui-même, qu’il n’est que la quatrième dimension de l’espace-temps. Mais ce que nous appelons le temps cyclique est en fait l’énergie de l’évolution qui traverse la matière. Et cette énergie se déroule en spirale, comme on le voit dans les tornades ou dans la formation des galaxies.

Dans la nouvelle image de la physique, nous voyons que la matière, représentée par l’œuf cosmique, déforme le « tissu » de l’espace-temps, et donc notre perception du réel. Plus on est près d’une grande masse de matière, plus l’espace-temps est déformé. C’est ainsi qu’Einstein a pu parler de « la courbure de l’espace-temps » capable de mettre un corps en mouvement à cause de la gravité. On déduit de cette nouvelle représentation que s’il n’y a pas de matière il n’y a pas d’espace-temps. Les trois notions sont intimement liées.

La conscience des galets, des bactéries, des coccinelles, des grenouilles, des loups et des agneaux, la conscience des humains et celle des demi-dieux s’unissent pour former un grand dôme de matière invisible et impalpable au-dessus du monde : la Conscience Cosmique, que les scientifiques ont baptisée Noosphère. Ce dôme impulse et maintient les paradigmes qui conditionnent notre vision de l’univers, et notamment notre conception du temps : ce n’est pas la longueur du fil temporel qui importe ici – un jour, trois ans, cent ans, deux millénaires – mais le fait qu’il soit profondément ancré dans la matière. Or la matière est périssable, et plus encore quand elle est animée : la matière vivante naît, croît, se dégrade et meurt ; nous nous identifions à elle, croyant que nous naissons, croissons, nous dégradons et mourons.

Dans le paradigme matérialiste, le passé semble figé à tout jamais ; le futur au contraire nous paraît souple, ajustable selon nos intentions et selon les circonstances de son accomplissement.

Dans le paradigme intuitif, le passé du temps cyclique n’est pas figé : il peut se modifier dans la conscience, et la conscience peut en retrouver des bribes, comme celles qu’Alice a consignées dans son Journal de rêves.

Les lignes temporelles

La conscience peut aussi choisir parmi plusieurs lignes temporelles celle qui la mènera au futur qu’elle s’est fixé. Plusieurs lignes temporelles ? s’étonne le Lecteur Conditionné, accoutumé à une ligne du temps unique. Oui, plusieurs, si on raisonne dans le cadre de la physique quantique : le phénomène de l’intrication quantique montre que deux particules ou groupes de particules forment un système lié, comprenant des états interdépendants, quelle que soit la distance ou la durée qui les sépare, comme si ces particules échangeaient de l’information à une vitesse supra-luminique. Au niveau du macrocosme, on peut imaginer l’univers comme un ensemble de points (particules) disséminés dans l’espace-temps. L’intrication joue sur ces particules liées par l’information : différentes évolutions possibles coexistent, ce qui se traduit par plusieurs lignes temporelles.

Mais qui dessine ces lignes temporelles ? C’est l’ensemble des consciences participant à la Noosphère depuis la nuit des temps jusqu’au prochain Pralaya.

Dans un temps cyclique, ces lignes existent déjà : le futur est là en même temps que le présent, mais de façon moins dense que le présent. C’est parce que notre conscience se maintient dans la couche de la matière dense (selon le paradigme matérialiste) que nous n’accédons pas aux couches plus éthérées où se dessine l’avenir. Certains, qu’on appelle prophètes, transportent leur conscience aux niveaux éthérés d’autres lignes temporelles.

Comment la conscience choisit-elle une ligne temporelle plutôt qu’une autre ?  La conscience choisit un itinéraire en fonction des informations dont elle dispose : la probabilité de réussite, par exemple, ou les interventions extérieures comme les conseils d’amis ou d’experts, le rapport qualité/prix, les conditions météo, etc. Et cette ligne temporelle est encore susceptible de bien des bifurcations. Certaines lignes temporelles sont adoptées spontanément par la conscience corporelle (forte densité) qui reconnaît les orientations bénéfiques pour le corps. D’autres sont sélectionnées de façon presque automatique, car la personnalité conditionnée par ses choix antérieurs, les diktats de la société ou les croyances philosophiques, a tendance à creuser toujours le même sillon. Pour les personnes très « formatées », on peut donc dire que le futur est une voie toute tracée.

Mais il n’en va pas de même pour les humains connectés à leur âme (faible densité) : ceux-ci gardent leur libre arbitre. Leurs choix guidés par un mental illuminé ou mental intuitif, dessinent une évolution conforme à la volonté de leur âme.

Le temps de la conscience inclut-il le Karma ? se demande le Lecteur Théosophique.

Logiquement, ces nouvelles lignes temporelles choisies par la conscience devraient s’orienter en fonction du Karma, défini par Blavatsky comme « la loi infaillible qui ajuste l’effet à la cause, sur les plans physique, mental et spirituel de l’être ».

Si, comme Alice le croit, le Karma permet à chaque être de se perfectionner de vie en vie, il est associé à la loi d’Evolution. Et nous avons vu que le Temps n’était que l’énergie évolutive à l’œuvre dans la Matière (physique, astrale, mentale). Il inclut donc le Karma.

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