Journal de rêves : Shams

En autohypnose, Alice posa d’emblée la question « Où et quand ai-je connu Shams ? », et elle apprit à calmer ses corps physique, astral, mental, afin de s’ouvrir à de nouvelles images. Il fallut quelques séances avant de produire des visualisations significatives.

Un enfant à moitié nu précédait Alice dans un souterrain, mais elle ne le voyait que de dos. Elle crut comprendre que son petit guide était Dimitri, l’enfant mort-né en 1985, et elle fondit en larmes. Mais elle pouvait désormais compter sur une présence affectueuse dans l’autre monde, zone mystérieuse de « l’implicite », selon David Bohm. Au cours des siestes quotidiennes de ce mois de juillet torride, elle plongea dans son subconscient, avec de plus en plus d’audace et de détermination.

Alice fit enfin un rêve éveillé qui la bouleversa : « Je me trouve au bord d’un fleuve houleux. Il y a eu une inondation et je suis seul rescapé de ma famille (je suis un garçon) avec mon père. Nous sommes accrochés à un tronc d’arbre qui flotte sur le fleuve, ou plutôt assis sur ce tronc, car le fleuve est calme à présent. Un autre petit garçon survient, qui a perdu toute sa famille lui aussi ; je lui tends la main et je lui dis : Tu peux rester avec Papa si tu veux, je ne t’abandonnerai pas. » Alice reconnut Shams dans ce frère adoptif apporté par les eaux.

Dans la réalité de 1995, Shams avait été apporté par les eaux turquoise de la piscine, grâce à l’ingénuité de Félix, le fils d’Alice qui jouait sur le bord et qui avait répondu à ses questions – de même que le petit Dimitri l’avait amené vers Alice dans son rêve éveillé.

Sur le rivage d’un lac indien, Alice et Shams jouaient avec des galets ; ils construisaient un petit train qui traversait un tunnel modelé dans la terre, puis ils faisaient des ronds dans l’eau, comme tous les enfants du monde. Plus tard, Alice apercevait une flamme énorme s’élevant au milieu du lac : c’était un bûcher funéraire. Puis son inconscient se taisait, Alice ne voyait plus que du blanc lors de ses tentatives de régression dans le passé.

Un quart de siècle plus tard, les messages du monde implicite s’actualisèrent. Une épidémie venue de Chine ravagea l’Europe, puis tous les continents. L’Italie fut frappée de plein fouet, et notamment la Vénétie où vivait Shams. Alice, qui depuis peu avait retrouvé de nouveaux rêves éveillés, essaya d’entrer en contact avec l’image de Shams. Elle aperçut très vite au bord d’un fleuve une barque chargée de sept moines capucins, debout et vus de dos, la tête complètement dissimulée par un capuchon ; l’un d’eux tenait à la main une corde qui s’enfonçait dans l’eau. Alice comprit. Un autre rêve montra Shams sous l’eau, agrippé à cette corde et se débattant dans les affres de l’agonie. La troisième tentative se solda par un écran noir troué d’une enveloppe blanche. La quatrième remit au devant de la scène la barque funéraire, sans corde ni moines cette fois, mais entourée de jeunes garçons jouant dans l’eau – comme le font tous les enfants autour d’un objet flottant : « Le flot joue avec les enfants et le pâle éclat de la plage sourit… ». C’était à n’en pas douter un symbole de renaissance, « et des tombes d’hier fleurira l’amandier »…

À Vicenza, Alice lui avait dit : « Je veux te revoir dans la prochaine vie, et pour cela tu devras penser à moi au moment de mourir. »

Alice aurait voulu accompagner Shams dans ce long voyage qui mène de la mort à une vie nouvelle mais elle se heurtait à l’écran noir. Comment faire ? Il fallait se contenter de capter les messages venus du subconscient, région intermédiaire du psychisme qui s’exprime, entre autres, par ce que Jung appelle des « synchronicités », c’est-à-dire la simultanéité de deux événements qui n’ont pas de lien de causalité physique, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les vit.

La première synchronicité fut, dans le jardin d’Alice, la croissance et la floraison d’un superbe iris au cœur d’or, suivi par celles d’une digitale pourpre. Ces fleurs apparues en 2020 ne revinrent pas les années suivantes. Il y eut aussi un étrange papillon posé sur le chambranle de la porte du living, immobile pendant deux jours puis retrouvé mort dans une autre pièce.

Selon la technique recommandée à Josepha, Alice chercha la signification symbolique de ces cadeaux tombés du ciel. Dans la mythologie grecque, la déesse Iris, figure féminine d’Hermès, est la messagère des dieux : comme lui, elle est légère, ailée, rapide ; elle est vêtue d’un voile aux couleurs de l’arc-en-ciel ; elle représente la liaison entre la Terre et le Ciel, les humains et les dieux. La digitale pourpre était considérée autrefois comme une plante magique qui protégeait les chaumières contre les forces souterraines néfastes ; comme tous les symboles, elle présente en même temps un aspect négatif (c’est un poison violent) et un aspect positif (elle est employée dans la pharmacopée pour soigner les insuffisances cardiaques). Le papillon, assez sombre mais pourvu d’ocelles éclatants sur ses ailes inférieures, appartenait à la catégorie « sphinx » ; il symbolisait l’âme et ses métamorphoses. Alice était ravie d’apprendre toutes ces significations qu’elle interprétait comme des messages de Shams.

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