La mort selon Sri Aurobindo

L’auteur de La Vie Divine ne pouvait manquer d’évoquer la mort, alors qu’il avait si merveilleusement parlé de la vie.

Pourquoi faut-il mourir ?

Selon le Sage indien, le combat pour la maîtrise du corps et de son environnement, ainsi que la croissance du mental rendent plus difficile le maintien de la vie, car ils exigent beaucoup d’énergie. En outre, l’objectif de la vie incarnée – rechercher une expérience infinie – nécessite de remplacer les formes devenues inadéquates. La mort est donc un processus de la vie, un processus nécessaire pour que l’âme puisse changer de forme.

Mais ce changement nécessaire paraît terrible à notre mentalité mortelle : « C’est le sentiment d’être dévoré, brisé, détruit ou expulsé qui constitue l’aiguillon de la mort, et même la croyance en la survie de la personne après la mort ne peut l’abolir entièrement. » Oui, sentiment d’être dévoré, car la vie se nourrit de la vie, et ce qui dévore doit aussi être dévoré.

Dans la société gnostique, que deviendra le corps physique ?

Le Lecteur Attentif se souvient que Sri Aurobindo visait aussi la transformation du corps physique. Ce corps sera lui aussi spiritualisé, il atteindra sa perfection et sa plénitude, comme « le corps de gloire » des grands mystiques. Ce que demande la conscience corporelle, c’est la durée, la santé, la force, la beauté, la libération de la souffrance, le bien-être, toutes choses qui seront établies quand la force gnostique agira dans le corps. Elles ne le sont pas encore parce que la vie physique est soumise à la pression des forces extérieures et aux pulsions du Subconscient ; or celui-ci sortira de l’obscurité et de l’Ignorance pour devenir pleinement conscient, au lieu d’agir sur le corps de façon chaotique et le plus souvent involontaire, comme on l’observe dans les maux psychosomatiques. L’être gnostique adoptera des réactions justes vis-à-vis du corps, un rythme juste dans le mental, le système nerveux et l’organisme.

La douleur et la souffrance perdureront-elles dans le monde supramental ? « Elles ont pour cause l’insuffisance et la faiblesse de la Conscience-Force telle qu’elle est manifestée dans l’être mental, vital et physique », nous répond Sri Aurobindo. La sensibilité de l’être humain a grandi au cours de l’évolution, car il ne perçoit pas assez ou utilise mal l’énergie de la Conscience-Force. Or avec l’ascension spirituelle on voit s’installer « une vaste et tranquille  égalité de l’esprit face à tous les chocs et à tous les contacts », ainsi que « le pouvoir de se dissocier mentalement de tout choc et de toute blessure ». Un avant-goût de cette faculté nous est donné par les yogis qui résistent sans broncher au froid glacial et à la douleur. L’être gnostique parviendra même à transformer les vibrations de douleur en vibrations de joie, et finalement à acquérir une parfaite immunité contre toutes les maladies. Il retrouvera le délice originel de l’existence, tant sur le plan mental – car l’Ananda, la Joie, est l’essence même du Brahman – que sur le plan physique, qui s’oriente toujours vers le bien-être.

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