Sri Aurobindo pense que la Vie est un principe divin qui s’exprime, un pouvoir de la Joie de l’être éternel qui s’est projeté dans l’Espace et le Temps, dans un perpétuel jaillissement de milliards de formes de vie qui peuplent les innombrables mondes de l’Univers. La Vie dans la Matière est une forme de l’unique Energie cosmique, un mouvement de cette Energie positive ou négative, un jeu constant de la Force qui construit les formes, les dynamise, les maintient puis les désintègre et renouvelle leur substance. L’opposition naturelle entre la mort et la vie est une erreur de notre mentalité, car la mort est un processus de la vie, qui doit changer et varier son expérience dans les formes. Mais l’énergie psychique contenue dans les formes n’est pas détruite quand celles-ci se désintègrent : tout se renouvelle, rien ne périt.
Rappelons-nous, dit Sri Aurobindo, que la réponse physique au stimulus n’est qu’un signe extérieur de vie, comme le sont en nous la respiration et la locomotion. A l’intérieur, la réception et la réponse vibratoire ainsi que la volonté de croître sont les indices d’une organisation submentale, vitale-physique de la Conscience-Force cachée dans la forme végétale ; cette réponse est comparable à notre mentalité subconsciente.
Finalement, quelle différence y a-t-il entre la vie végétale et la vie humaine ? Bien sûr, nous jouissons du pouvoir de locomotion, pas la plante ; nous communiquons par le langage verbal, pas la plante ; nous prenons conscience de nos sensations, nous les mentalisons, alors que la plante se limite à des sensations subconscientes, parfois exprimées par des mouvements d’approche ou de retrait. Nous éprouvons aussi des sensations subconscientes, mais nous disposons d’un mental capable de les amener à la conscience.

Cette vie subconsciente existe probablement dans le métal, même si on n’y décèle aucune agitation en surface. Dans le minéral comme dans le végétal, la Force consciente se manifestant dans l’Univers n’a pas encore émergé complètement du sommeil de la Matière, conclut Sri Aurobindo.
Il semble que les échanges entre deux formes d’énergie, celle de la Conscience et celle de la Matière, produisent les phénomènes caractéristiques de la Vie.
Il reste à répondre au « pourquoi » de la manifestation : pourquoi l’univers « encore caché dans la Pensée Divine » va-t-il subitement se déployer et devenir perceptible ? Sri Aurobindo n’envisage qu’une seule réponse : la Joie, cet ânanda qui caractérise l’Etre Suprême. Mais aux yeux des humains, la Joie est d’abord un problème : comment peut-elle coexister avec la souffrance et le mal ? Elle est aussi la solution : derrière les variations du plaisir, de la douleur et de l’indifférence se tient cette Joie inaltérable qui détermine à vivre notre Moi plus profond.
Sri Aurobindo fait remarquer que dans l’existence la somme de plaisir dépasse de loin la somme de douleur ; mais nous n’en sommes pas conscients parce que le plaisir est un état naturel, normal : regardons les enfants, le rire aux lèvres et la joie dans les yeux. Par conséquent, une petite douleur (difficulté, misère, maladie…) nous paraît scandaleuse. Sans cette satisfaction d’exister, qui s’exprime par le puissant instinct de vie, nous ne vivrions plus.
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