La Nature, non aidée, échoue
Les Stances de Dzyan concernent aussi l’Anthropogenèse, c’est-à-dire l’évolution humaine. Ainsi, selon la Stance 2, au bout de trois cents millions d’années la Terre produisit les premières formes vivantes. Il se passe à nouveau des centaines de millions d’années avant que l’Esprit de la Terre ne réclame la création des premiers humains.
Sans l’appoint des Fils du Ciel ou des Fils de la Sagesse, mais selon la Force d’Evolution, la Terre génère « de son propre sein » des monstres : des hommes-poissons, des hybrides comme les centaures, des taureaux à tête humaine, des hommes ailés, etc. Ces hommes sont dits aquatiques parce qu’issus du Déluge qui aurait suivi le changement d’inclinaison de la Terre. Blavatsky rappelle qu’on a vu « durant les périodes géologiques, à l’époque des reptiles et des mammifères, des lézards ayant des ailes d’oiseaux et des têtes de serpents sur des corps d’animaux », monstres qu’au XXe siècle on appelle « dinosaures ». On situe leur apparition à deux cents trente millions d’années avant notre ère.
Dans les Pouranas hindous, on voit Brahma recommencer plusieurs créations après plusieurs échecs ; il est fait mention de deux grandes créations, le Pâdma (le Lotus) et le Vârâha (le Sanglier). Brahma joue à construire et à détruire, la création est un amusement (Lîlâ). Le Zohar parle de mondes primordiaux qui périrent aussitôt qu’ils furent nés. Le Pymandre, célèbre livre d’occultisme attribué à Hermès Trismégiste (Hermès trois fois grand), y fait aussi allusion, de même que les tables chaldéennes de la Création et la Cosmogonie de Bérose, prêtre chaldéen né pendant le règne d’Alexandre le Grand.
La Nature livrée à elle-même est capable de produire le règne minéral, le règne végétal et les animaux inférieurs, mais échoue à produire des humains « à l’image de Dieu » comme le veut la Bible. Pour cela, elle a besoin de l’intervention de puissances spirituelles indépendantes.
Nouvelles tentatives pour créer l’homme
Ce qui caractérise l’homme et le distingue de l’animal, c’est Manas, le Mental supérieur. Kâma, corps de Désir et Mental inférieur, anime aussi bien l’animal que l’homme. L’homme de la première Race, créé sans mental et sans désir, ne pouvait ni évoluer ni se perpétuer. Les Monades qui s’incarnèrent dans « ces coques vides » restèrent inconscientes. Il nous faut donc admettre une double création de l’homme, l’une issue de la terre, l’autre d’un dieu, ou de plusieurs dieux, appelés Elohim dans la Bible.
Ces Seigneurs semi-divins sont des formes éthérées qui exhalent les premiers humains en les détachant d’elles-mêmes ; la Genèse a transformé ce processus en parlant du « souffle de Dieu ».
Cependant, l’Enseignement Occulte nous apprend que les premiers hommes n’étaient pas « complets » comme ceux de notre époque : il y a eu une évolution spirituelle, une évolution psychique, une évolution intellectuelle (la Triade Atma-Buddhi-Manas) et une évolution animale et physique (le Quaternaire) : la Triade vers une forme plus spirituelle, le Quaternaire vers une forme plus matérielle. Ainsi l’Esprit plonge-t-il de plus en plus profondément dans la chair pour acquérir plus de conscience.
Les premiers hommes sont appelés « les Fils du Yoga »: le Yoga est la pratique de la méditation comme moyen de conduire à la libération spirituelle. Les premiers humains sont donc nés de la méditation abstraite au moyen de laquelle les Dhyanis-Bouddhas (les dieux créateurs, les Elohim) créent leurs fils célestes. Les fils de ceux-ci sont produits par le Soleil – le Père Jaune – et la Lune – la Mère Blanche, ou plus précisément par l’Esprit du Soleil et par l’Esprit de la Lune.
La Doctrine Secrète appelle les deux premières races « les Sans-Os »: ce sont des formes humaines éthérées, « sortes d’ombres ne possédant pas de sens », que nous pouvons imaginer comme des fantômes sans consistance.
La Troisième Race est ovipare
Aux Sans-Os succèdent les Nés-de-l’Oeuf : les corps subtils de la Deuxième Race produisent des « gouttes de sueur » qui contiennent les embryons de la Troisième Race.
Ces embryons sont des hermaphrodites. Ce n’est qu’à la fin de la Troisième Race que les deux sexes se séparent, produisant une nouvelle humanité bisexuée.
L’évolution des modes de reproduction a donc eu lieu dans cet ordre : 1°l’homme est asexué et se reproduit par bourgeonnement ; 2°l’homme est hermaphrodite et ovipare ; 3°l’homme et la femme se reproduisent par l’acte sexuel.
Les textes les plus anciens font-ils état de ces différentes étapes ? Nous avons vu précédemment que le symbole de l’Œuf était abondamment utilisé pour expliquer la naissance de l’humanité. La mythologie grecque met en scène un personnage mi-homme, mi-femme, né de l’union des dieux Hermès et Aphrodite. Platon, dans Le Banquet, cite le discours suivant, attribué à Aristophane :
Notre nature de jadis n’était pas ce qu’elle est maintenant. Elle était androgyne ; la forme et le nom tenaient en même temps du mâle et de la femelle et leur étaient communs… Leurs corps étaient ronds et ils couraient circulairement. Leur force et leur puissance étaient terribles et leur ambition prodigieuse. Aussi Zeus les divisa chacun en deux, les rendant plus faibles ; Apollon, sous sa direction, referma la peau.
Mais chaque morceau, regrettant sa moitié, tentait de s’unir à elle : ils s’enlaçaient en désirant se confondre et mouraient de faim et d’inaction. Zeus décida donc de déplacer les organes sexuels à l’avant du corps. Ainsi, alors que les humains surgissaient auparavant de la terre, un engendrement mutuel fut rendu possible par l’accouplement d’un homme et d’une femme.
Ces corps sphériques courant de façon circulaire, image issue de celle de la goutte qui devient œuf, apparaissent aussi dans une vision d’Ezéchiel, avec « quatre Etres Divins qui ressemblaient à l’homme » et se comportaient comme des roues : « Elles avançaient dans quatre directions et ne se tournaient pas en marchant. Leur circonférence paraissait de grande taille. »
On peut sourire du mythe transmis par Platon ; mais le mythe d’Eve tirée d’une côte d’Adam est-il plus raisonnable ?
David Reigle, le tibétologue américain qui a retrouvé le Livre de Kiu-te et les Stances de Dzyan, a compilé les textes bouddhistes qui corroborent l’histoire de la séparation des sexes. Il cite ce passage du livre Aggañña-sutta du bouddhisme Theravada, qui explique que les humains éthérés sont devenus de plus en plus denses quand ils ont commencé à manger, et que cette nourriture est également devenue de plus en plus dense ; à une étape de ce processus s’est produite la séparation des sexes :
« Ces êtres se sont mis à se nourrir de ce riz, et cela a duré très longtemps. Et comme ils le faisaient, leurs corps devenaient encore plus grossiers, et la différence dans leurs regards devenait encore plus grande. Et les femelles ont développé des organes sexuels, et les mâles ont développé des organes mâles. »
Si l’alimentation terrestre a influé sur la physiologie de nos lointains ancêtres, réciproquement, la biosphère qu’ils contribuaient à développer a remodelé et façonné en profondeur la croûte terrestre, en produisant notamment du calcaire et en altérant la composition chimique des roches.
Les déluges renouvellent l’humanité
La réalité du déluge est décrite dans toutes les traditions. Elle correspondrait à un réchauffement brusque de l’atmosphère terrestre succédant à une période de glaciation. Or les géologues et les météorologues dénombrent plus de vingt périodes glaciaires en alternance avec des périodes de réchauffement. Il est donc presque certain qu’il n’y a pas eu un seul déluge, mais plusieurs déluges. Les causes des périodes glaciaires sont multiples : la composition de l’atmosphère (notamment les concentrations de dioxyde de carbone et de méthane), le changement de l’axe de rotation de la terre, le mouvement des plaques tectoniques, les variations de la production d’énergie du Soleil, la dynamique du système Terre-Lune, l’impact des comètes et le volcanisme. La plus ancienne glaciation connue est celle de Pongola (du nom d’une rivière d’Afrique du Sud), qui remonte à 2,9 milliards d’années.
Le Lecteur Effaré se demande si un premier déluge avait pu effacer la Deuxième Race humaine. La glaciation de Pongola se situe dans l’ère de l’Archéen qui s’étend de trois mille deux cents à deux mille huit cents millions d’années et qui se caractérise par la présence de stromatolithes, structures calcaires construites par des bactéries. Il y avait donc des signes de vie naissante lors de la glaciation de Pongola… Mais rien n’indique que des humains au corps éthéré vivaient à cette époque !
Par contre, nous pouvons situer plus précisément le Déluge dont parle la Bible, récit tiré du récit mésopotamien qui figure dansl’Epopée de Gilgamesh, lui-même adapté du récit sumérien de Nippur (ville de l’Irak actuel, site d’importantes fouilles archéologiques depuis le XIXe siècle). Le Noé akkadien du nom de Ziusudra (ou Xisuthrus) entend une voix qui l’avertit du déluge imminent et lui ordonne de construire un navire gigantesque pour échapper à la destruction. Puis « toutes les tempêtes, d’une violence inouïe, firent rage en même temps. Au même instant, le Déluge envahit les centres du culte. » Réfugié dans son bateau, Ziusudra attend sept jours et sept nuits (quarante pour le Noé biblique) que les éléments s’apaisent. Le Noé suivant, Um-Napishtim, que nous connaissons par l’Epopée de Gilgamesh, sauve avec lui un couple de chaque espèce animale ; à la fin de l’inondation, il se désole de voir le genre humain anéanti par les flots :
Je regardais le ciel, le silence régnait,
Je vis les hommes redevenus argile,
Les eaux étales formaient un toit.
J’ouvris une petite fenêtre
La lumière tomba sur mon visage
Je m’agenouillai et me mis à pleurer
Les larmes coulaient le long de mon visage.
Cette tristesse d’Um-Napishtim ne s’exprime nullement chez le Noé biblique, qui se contente de suivre les instructions de Yahvé. Mais tous deux adoptent un comportement prudent avant de sortir de l’arche : ils lâchent un corbeau et une colombe (Um-Napishtim leur adjoint une hirondelle) qui partent en reconnaissance. Revenus à la terre ferme, Noé comme Um-Napishtim s’empressent d’offrir des sacrifices aux dieux (à Yahvé en ce qui concerne Noé). Après quoi, ils repeupleront la terre.
Bien d’autres traditions transmettent à peu près la même histoire : le Vidêvdât (Vendidad) extrait de l’Avesta iranien, met en scène Yima, l’homme primordial sauvé des eaux avec les semences de toutes les créatures. Les Métamorphoses d’Ovide relatent le sauvetage de Deucalion et Pyrrha, transportés dans un coffre en bois au sommet du mont Parnasse et jetant derrière eux des pierres qui deviendront de nouveaux humains. Le Catapatha Brâhmana indien nous montre le sage Manou embarquant avec lui sept Sages, des animaux et des semences. Le Popol Vuh, texte sacré de la culture Maya, parle d’un déluge qui anéantit la deuxième race humaine. La mythologie amérindienne a aussi son héros, Lone Man, rescapé du déluge dans son grand canoë. Il existe aussi un déluge scandinave et un lituanien, mais un déluge chinois n’est pas clairement établi, même si le Huainanzi, issu du Livre des Vastes Lumières, témoigne de catastrophes naturelles proches des récits du déluge ; l’humanité, aidée par la déesse Nüwa, en sortira victorieuse. D’autres récits d’Extrême-Orient évoquent une inondation légendaire.

Nous savons qu’il y eut plusieurs déluges, un à la fin de chaque Race-Racine; Celui qui hante nos imaginaires est le déluge qui engloutit la Quatrième Race-Racine vivant sur l’Atlantide. Un nouveau cataclysme emportera-t-il notre Cinquième Race, née en Asie Centrale il y a plusieurs milliers d’années ?
Le Lecteur Intrigué pourra en apprendre davantage dans le second tome d’Alice ou la vie longue, consacré à l’Anthropogenèse.
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