La nuit de la conscience était longue, si longue,
qu’elle couvrait des millénaires.
On ne voyait frémir dans l’ombre
que formes indistinctes
car la terre accouchait de ses feux refroidis et du peuple des pierres.
Des silex s’entrechoquent
– furtive étincelle, lueur de conscience –
tandis que se déploie le peuple des racines
aveugle sous le poids des roches.
A la surface on voit percer un brin d’herbe, un lichen, une feuille enroulée,
le peuple des fougères annonce la forêt.
Attirée par l’azur la conscience palpite.
La terre avait trouvé son parcours circulaire
dans le champ des étoiles,
mais dans les océans la nuit était si longue
qu’elle couvrait des millénaires.
En vain tourbillonnait le peuple des méduses,
baillaient les coquillages,
sinuaient les anguilles et les bancs de poissons.
Lentement l’un d’entre eux se hisse sur la plage,
dégoulinant de vase il s’ébroue, il s’étire, et ses poumons gémissent,
ses paupières d’écailles laissent filtrer le jour
– furtive étincelle, lueur de conscience –
dans la nuit silencieuse marche le peuple des iguanes.
Sur la terre conquise la longue nuit des âges
mûrissait en son sein la conscience endormie.
Des pélicans battaient des ailes,
des buffles martelaient les horizons de grès,
sur le rythme du sang dansait le peuple des humains.
Modelés par leurs mains des objets apparurent,
abris, foyers, berceaux, rouets, filets, statues,
chariots, armes de guerre,
de nouveaux sons naissaient en écho sur leurs lèvres.
Soudain l’un d’eux – ou peut-être était-ce un enfant –
lança aux quatre vents la première question.
Alors la nuit de la conscience recula ses frontières.
Laisser un commentaire