L’image d’Alice hors-les-murs est la version contemporaine de la gravure de Camille Flammarion, astronome du XIXe siècle et graveur pendant ses loisirs. Nous y voyons un pèlerin ou un chercheur qui a traversé la voûte céleste et découvre au-delà une sorte de machinerie géante, sans doute les rouages qui règlent notre existence terrestre. Ce pèlerin est certainement un occultiste qui veut voir au-delà des choses matérielles, qui veut comprendre l’Univers en soulevant le voile des perceptions directes. De même, Alice est une chercheuse « hors-les-murs », c’est-à-dire hors des idées reçues et des croyances transmises par notre éducation.
Ne sommes-nous pas tous des pèlerins cherchant leur chemin parmi les jouissances et les souffrances de la vie ? Ce chemin sur lequel nous avançons, poussés par les événements, n’est-il pas simplement le chemin de l’évolution ? En effet, nous grandissons psychologi-quement ou spirituellement au fil des expériences, des rencontres, des lectures et des réflexions suscitées par la vie sur terre. Et cette évolution a un objectif : une expansion de conscience.
Si nous observons les règnes qui précèdent le règne humain, force est de constater que chacun d’eux cherche quelque chose qui le dépasse : le règne minéral cherche la lumière, aidé par les éruptions volcaniques, par l’affinement des pierres précieuses et par les carrières que creusent les hommes ; le règne végétal cherche la croissance et l’expansion, selon le modèle des arbres vivant dans nos forêts ; le règne animal cherche la conscience de groupe – dans les troupeaux sauvages, dans les nuées d’oiseaux migrateurs et dans les communautés d’insectes – et ensuite la conscience individuelle – bien observable chez les animaux qui vivent avec l’homme. Au bout de la chaîne, le règne humain cherche l’amour, le savoir et le pouvoir censés lui apporter un supplément d’âme, une expansion de conscience qui devrait le faire accéder au 5e règne, le règne spirituel.
Pèlerin né au XXe siècle, ayant eu la vision de plusieurs existences passées, Alice comprenait que la vie humaine n’était pas circonscrite entre la naissance et la mort. Aller vers une expansion de conscience, c’était forcément élargir sa vision du temps et de l’espace. Et on ne pouvait le faire qu’en s’appuyant sur les témoignages d’un passé très lointain, sans exclure pour autant les données de la science et de la raison. Le passé très lointain, d’avant la Préhistoire, nous est parvenu via les mythes qui racontent la « création » de l’Univers et l’apparition des humains, mais aussi par des textes tels que la Genèse dans la Bible ou le Livre de Kiu-Te en Chine. La Raison domine les ouvrages de philosophie, dont le but essentiel est de répondre aux grandes questions : qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? où allons-nous ? Einstein et les chercheurs en physique quantique ont élargi les notions communes de temps et d’espace. La science ouvre de nouvelles portes sur la vie (la biologie, la génétique, la biochimie, la psychologie, l’anthropologie…), sur l’espace (l’astrophysique, la cosmologie…), sur le temps (l’archéologie, la paléontologie, l’ethnolinguistique…). Enfin, l’expérience personnelle s’infiltre dans les brèches du réel, à la recherche d’une histoire commune inscrite dans l’inconscient collectif ; et cette expérience personnelle se traduit souvent par la poésie, car toute expression artistique – comme les mythes d’ailleurs – plonge ses racines dans l’inconscient.
Le Lecteur Sceptique abonde dans le sens d’Alice en ce qui concerne l’étude scientifique de la mort. Bien sûr, on peut observer/analyser les cadavres et déterminer les critères de la mort physique, mais ce n’est pas de cette mort-là qu’il est question. Nous voulons savoir ce que devient l’âme ou conscience après le dernier soupir.
Comme beaucoup de gens, Alice espère obtenir des réponses convaincantes à partir des expériences de mort imminente (EMI). Je suis au regret de lui affirmer qu’elle fait fausse piste. Notre compatriote Steven Laureys, neurologue et directeur de recherche au FNRS, a consacré des années à l’étude des EMI avec toute son équipe de scientifiques, allant jusqu’à se soumettre lui-même à des expérimentations qui plaçaient son cerveau dans un état intermédiaire entre la vie et la mort. Mais il se refuse à toute conclusion basée sur l’idée d’une conscience extraneuronale ou sur celle d’une survie de l’âme après la mort physique. L’hypothèse d’une conscience cosmique, dans laquelle baignerait l’univers tout entier, ne suscite pas plus son adhésion. Enfin, il fait remarquer que les EMI ne sont jamais des expériences de mort cérébrale, laquelle est irréversible lorsque le cerveau présente des lésions dues à l’absence de circulation sanguine. Pour Laureys, certes les « rescapés de la mort » sont crédibles, ils ont vécu un bouleversement psychique authentique, mais ils ne sont jamais véritablement morts.
Le Lecteur Sceptique estime que les mythes de la descente aux Enfers proviennent d’expériences de mort imminente – bien que le cas du soldat Er laissé pour mort pendant douze jours paraisse extraordinaire. Le parcours de lamas tibétains dans le Bardo Thödol relève de la même expérience.
Que dire des articles relatifs à la Doctrine Secrète et à l’oeuvre philosophique de Sri Aurobindo ? Que la mort soit liée à la vie de la matière ne fait aucun doute. Mais que la mort physique ouvre la porte à un esprit qui se désincarne reste à prouver.
Alice peinait à imaginer la stupeur des premiers humains qui se découvrirent mortels : se virent-ils vieillir et succomber à la maladie ? Ou est-ce à l’occasion d’une éruption volcanique que la plupart d’entre eux périrent dans le feu ? Ou encore assistèrent-ils, horrifiés, à la mort de leurs proches emportés par une tornade ou submergés par une vague gigantesque ? Quelles que furent les circonstances, ils attendirent sans doute que leurs compagnons se relèvent et reprennent le cours de leur vie. Comme rien d’autre ne survenait qu’un silence effroyable, ils durent se rendre à l’évidence : les corps denses qu’ils avaient habités si longtemps (car leur longévité était bien plus importante que la nôtre) soudain leur faisaient défaut et disparaissaient. De cette perte originelle provient sans doute la peur de la mort qui nous sidère depuis des millénaires.
A partir d’une question sans rapport avec ce thème, Alice rencontra sous autohypnose un personnage du XVe siècle continuellement épouvanté par la perspective de sa mort.
Le 14 décembre 2020, Alice demande : qui se posa les questions qui éveillent la conscience ?
Je vois d’abord apparaître une grand-place couverte de gros pavés ronds et encadrée de belles constructions datant du Moyen Age : c’est l’époque où les villes s’émancipent. Dans la foule des marchands je repère une figure mince, à l’expression anxieuse. Fille ou garçon ? Il me faut un certain temps pour comprendre qu’il s’agit d’un garçon et qu’il s’appelle Yvon. Il se déplace à cheval, parfois il marche à côté de sa monture.
D’autres décors surgissent : Yvon, toujours à cheval, avance dans une allée plantée de grands arbres, puis le long d’une rivière bordée de peupliers. Je pense que c’est la Lys.
Il me dit : « La rivière est calme, mais moi je suis inquiet. » Je lui demande pourquoi, mais on dirait qu’il a peur de me répondre. J’assiste avec lui à une scène de rue : un homme riche, couvert d’un ample vêtement rouge, est molesté par quelqu’un que je n’identifie pas ; il proteste avec véhémence puis se fait refouler. Il me semble que cette scène pose question à Yvon : même les notables risquent de perdre leur honorabilité !
Yvon me confie qu’il se pose d’autres questions à propos de la religion. Il me conseille de regarder l’Agneau Mystique, des frères Van Eyck, tableau dont il a vu la réalisation à Gand. Il n’ose pas en dire plus, car toute critique ou mise en cause de la religion peut être punie de mort. « Ce n’est pas comme à ton époque, constate-t-il, où l’on encourage l’esprit critique ! » Je suis contente de pouvoir situer la vie d’Yvon ; il me dit qu’il comprend cela, que lui aussi aime avoir des jalons. Il ne m’explique pas ce qu’il veut dire.
Commandé par un riche marguillier de l’église Saint-Jean (devenue depuis la cathédrale Saint-Bavon), pour la chapelle privée de sa femme, le polyptyque est commencé par Hubert Van Eyck et achevé par Jan Van Eyck après la mort d’Hubert en 1426. Il est placé le 6 mai 1432 sur l’autel de la chapelle du commanditaire, dans l’église Saint-Jean.
Ces précisions permettent à Alice de situer le personnage d’Yvon dans le temps.
Le père d’Yvon était artisan. « Aurais-tu aimé être artisan, toi aussi ? » « – Non, répond-il, moi je suis écuyer. » C’est un riche client de son père qui l’a remarqué et engagé comme écuyer. Ce métier lui plaît bien.
Alice effectue quelques recherches sur la mentalité du XVe siècle, encore proche du Moyen Age. La peur de la damnation éternelle est bien présente et incite les fidèles – souvent illettrés – à pratiquer le jeûne, la pénitence, à effectuer pèlerinages et processions, à se procurer des reliques de saints et des indulgences. L’Eglise toute-puissante menace du bûcher les sorciers et les hérétiques. Je peux comprendre l’effroi d’Yvon face à cette autorité, encore proche de l’Inquisition.
Le 15 décembre 2020, je retrouve Yvon. L’image d’un bûcher semble hanter son esprit. Mais s’agit-il d’un fantasme lié à l’ambiance de son époque ou d’une réalité qu’il a vécue à la fin de sa vie ?
Je tente de le rassurer, je le félicite d’avoir eu l’audace de questionner la foi religieuse, et je lui demande comment il est mort. J’aperçois des flammes et des lambeaux de peau noircie qui flottent dans l’air. Mais je ne suis absolument pas certaine que c’est Yvon lui-même qui se consume devant moi !
Qu’est devenue notre âme commune après sa mort ? Je ressens chez lui un désir d’art et de beauté, sans doute une continuation de l’œuvre des frères Van Eyck, à laquelle il a assisté. Je vois en effet un tableau dans la pénombre, avec un petit lézard à ses pieds. Il me dit « C’est la Vierge au Lézard », mais j’ai des doutes ! Quand je cherche cette œuvre sur Internet, je ne trouve qu’une gravure d’un certain Giulio Romano (1492-1546), peintre et architecte italien de la Renaissance. Si Yvon a assisté à l’inauguration de L’Agneau Mystique en 1432, il n’y a aucune chance qu’il ait connu La Vierge au Lézard. Voilà encore un télescopage temporel fréquent lors des séances d’autohypnose…
Le 1er décembre 2020,je demande à rencontrer une de mes incarnations précédentes. Sur le chemin du subconscient, un gamin muni d’une lanterne me précède ; je vois flotter dans le vent les pans de sa djellabah.
Nous débouchons sur une terre aride, sablonneuse, entourée de montagnes abruptes. L’image d’un puits s’impose à moi. Au pied de ce puits j’aperçois une femme allongée, prostrée, dans un état de total désespoir. Je me penche alors sur la margelle : le puits est à sec, mais au fond gît un jeune homme, ou plutôt son cadavre. Je comprends qu’il s’agit du fils de cette femme, que j’appellerai Saadia.
Pourquoi a-t-on précipité ce garçon dans le puits ? Je le vois circuler furtivement dans une ville aux murs rouges, la nuit. Ce garçon était un délinquant.
Je reviens à la conscience en fredonnant une musique que j’aime beaucoup, mais que je n’identifie pas tout de suite. Finalement, je me rappelle que c’est Sur un marché persan, d’Albert Ketelbey. Est-ce un indice ? La scène se passe-t-elle en Perse plutôt qu’en Arabie ?
Le lendemain, je tente de trouver une réponse à cette question. Mais d’abord, je veux savoir où est le mari de Saadia. On me dit qu’il est mort au combat. Bon. Et finalement, sommes-nous en Perse ou en Arabie ? Certainement pas en Perse, mais l’allusion au marché persan signifie que Saadia allait vendre en Perse les tapis et les vêtements qu’elle tissait elle-même. Je n’en saurai pas plus ce jour-là.
Je pense à ce poème écrit il y a bien longtemps :
Michaël-comme-Dieu me dit que le destin s’échappe
par les fenêtres qui regardent en arrière
Il me fait visiter la ville rouge des sherpas au pied de la montagne
derrière chaque porte se tient une âme
tantôt ensommeillée dans sa robe de lune
tantôt guettant quelque lueur par tous les interstices
tantôt s’inquiétant du voyage une lampe à la main
tantôt espiègle comme un elfe des liserons dans les cheveux
tantôt effarouchée tapie dans un coin de la chambre
chaque âme attend dans sa maison de terre
que le roi la désigne
J’y trouve des allusions directes aux images de cette régression : la ville rouge des sherpas, une âme ensommeillée dans sa robe de lune, une lampe à la main. La dernière phrase est une métaphore de l’incarnation.
Le 3 décembre en autohypnose,j’éprouve un sentiment de proximité, de chaleur humaine, de sympathie avec cette femme mûre, Saadia. Elle est avant tout une mère : elle m’exprime sa joie quand son fils marchait devant elle comme en dansant, avec les pans de sa djellabah virevoltant autour de lui, et même son petit bonnet rond (kufi) sautant au-dessus de sa tête ; mais quelle douleur aussi de le voir sans vie au fond du puits !
N’avait-elle pas d’autres enfants ? Si, elle avait une fille, que je vois descendre au jardin avec Saadia, sans doute pour cultiver quelques légumes. Mais cette fille s’est mariée, et comme toutes les épouses elle est allée vivre dans la famille de son mari. Et ton propre mari, Saadia ? Elle a à peine eu le temps de le connaître, il était tout le temps parti (je ne sais pas où, mais je me rappelle qu’il est mort au combat). Saadia n’a pas l’air de s’être attachée à lui.
– Mais Saadia, lui dis-je, tu n’étais pas seulement épouse et mère…
– C’est vrai, répond-elle, et en tant que femme je me suis bien défendue. Dans ce pays musulman, j’ai vécu librement, j’ai travaillé, j’ai voyagé avec des hommes…
En effet, Saadia s’est jointe aux caravanes de marchands qui sillonnaient la péninsule arabique et traversaient sans doute la Syrie, l’Iraq et l’Iran à dos de chameau. Elle se mettait sous la protection des vieux pour échapper aux avances des plus jeunes.
Saadia me révèle l’importance des couleurs : la ville rouge, le désert ocre, les tapis qu’elle tisse avec des laines de différentes teintures…
Elle me parle des étapes de sa vie : nomade – sédentaire – nomade. En effet, elle est née sous tente, quasiment entre les pattes d’un chameau ; mariée, elle a habité dans la ville rouge ; veuve et sans enfants, elle a repris la route avec les produits de son artisanat.
Saadia sait que j’ai vécu avec un Arabe, Marwan, dont elle ne se souvient pas dans sa propre vie. Elle me dit de ne pas lui en vouloir s’il s’est montré cruel, elle explique la cruauté des Arabes par le fait qu’ils ont toujours dû affronter un milieu hostile. Par contre, elle a pu compter sur la générosité d’autres femmes qui l’ont aidée à survivre.
Je lui demande si elle croit en l’islam. Elle me répond qu’elle a toujours suivi les rites musulmans, mais sans y croire vraiment ; elle ne voulait pas se montrer différente de sa communauté. Elle me conseille cependant de revoir le tableau Modernité/Tradition pour que je comprenne combien la tradition peut être étouffante.
Nous sympathisons en évoquant l’enfant mort : probablement l’ancienne incarnation de mon petit Dimitri, mort lui aussi de faim et de soif lorsqu’il s’est séparé du placenta. J’ai perdu les eaux sur le seuil de la maison, et comme le fils de Saadia, le bébé s’est trouvé dans un puits sec… Notre conscience commune est convaincue que cet enfant a eu peur de se réincarner, qu’il n’a pas eu le courage d’affronter une nouvelle vie (avec la même âme maternelle !)
Le 4 décembre, je reviens à mon poème, toujours éclairant :
Tant qu’il y aura des arbres Michaël
nous reviendrons sur cette terre
à l’entrée de la ville nous creuserons des puits
nous sèmerons du blé nous planterons des vignes
nous chanterons après la peine pour le plaisir du roi
et quand viendra le temps d’aimer nous prêterons
nos corps d’argile rouge
aux âmes vigilantes.
Le tableau Modernité/Tradition me rappelle que la tradition accorde la primauté au groupe alors que c’est la primauté de l’individu qui caractérise la modernité ; que l’homme traditionnel voit sa destinée et sa fonction fixées d’avance par les valeurs collectives du groupe ; qu’il est reconnu par sa place dans le groupe, en fonction de son statut qui codifie sa conduite, alors que l’homme moderne est reconnu par ses actes, attitudes et valeurs personnelles, et qu’il doit se séparer de la famille à l’âge adulte ; et comme me l’a rappelé Saadia, la société traditionnelle, contrairement à la société moderne, n’aborde pas directement les problèmes, elle ne les verbalise pas, afin de ne pas « perdre la face ».
J’en conclus que Saadia est une femme forte et courageuse, qui a su braver les interdits de la tradition pour se réaliser en tant qu’individu.
Pourquoi ce souvenir lointain dans le chapitre sur la vie ? demande le Lecteur Perplexe. Parce que le « marché persan » contient à la fois des images de vie et des images de mort, images qui se concrétisent dans toute incarnation. En outre, ces morts sont nos enfants, à Saadia et à moi, nos enfants qui ont déposé les armes face à un problème insoluble pour eux. Et nous, les mères, restons désolées et impuissantes face à ce drame : c’est un problème qui se pose à nous d’âge en âge.
La similitude des situations, la musique et la poésie, illustrent bien le mouvement de cette évolution en spirale qui nous emporte dans la nuit des temps. On dirait que l’histoire de Saadia et l’histoire d’Alice se superposent… comme les moments du temps vus par David Bohm dans sa théorie holographique : tout est enregistré dans ce que Bohm appelle « le monde implié », et en principe chaque moment enregistré peut être restitué dans le présent.
Nous savons tous (ou presque) que les « spirituels » comme les scientifiques arrivent au même genre de constatations sur les origines du monde.
Qu’il s’agisse d’une entité supérieure ou d’un big bang.
Il y a eu un départ dont on ne connait pas la source !
Les peuples premiers ont eu une préscience de la naissance et de l’évolution du monde.
Les scientifiques les ont rejoints par d’autres voies.
OK ! C’est bon pour moi !
Alors, ce n’est pas le scepticisme qui m’anime, mais bien l’interrogation sur le pourquoi de cette recherche (celle des origines).
Aujourd’hui, en 2025, je vois autour de moi toutes les errances des humains : violences, égoïsme forcené, absence de vision à long terme, consommations excessives, dégâts à la nature, guerres, racisme, perte de solidarité et de partage, ère numérique et ses outrances !
Pour moi, il est capital de vivre le présent, de s’interroger sur ce que l’on voit au quotidien et d’agir !
Les Stances de Dzyan concernent aussi l’Anthropogenèse, c’est-à-dire l’évolution humaine. Ainsi, selon la Stance 2, au bout de trois cents millions d’années la Terre produisit les premières formes vivantes. Il se passe à nouveau des centaines de millions d’années avant que l’Esprit de la Terre ne réclame la création des premiers humains.
Sans l’appoint des Fils du Ciel ou des Fils de la Sagesse, mais selon la Force d’Evolution, la Terre génère « de son propre sein » des monstres : des hommes-poissons, des hybrides comme les centaures, des taureaux à tête humaine, des hommes ailés, etc. Ces hommes sont dits aquatiques parce qu’issus du Déluge qui aurait suivi le changement d’inclinaison de la Terre. Blavatsky rappelle qu’on a vu « durant les périodes géologiques, à l’époque des reptiles et des mammifères, des lézards ayant des ailes d’oiseaux et des têtes de serpents sur des corps d’animaux », monstres qu’au XXe siècle on appelle « dinosaures ». On situe leur apparition à deux cents trente millions d’années avant notre ère.
Dans les Pouranas hindous, on voit Brahma recommencer plusieurs créations après plusieurs échecs ; il est fait mention de deux grandes créations, le Pâdma (le Lotus) et le Vârâha (le Sanglier). Brahma joue à construire et à détruire, la création est un amusement (Lîlâ). Le Zohar parle de mondes primordiaux qui périrent aussitôt qu’ils furent nés. Le Pymandre, célèbre livre d’occultisme attribué à Hermès Trismégiste (Hermès trois fois grand), y fait aussi allusion, de même que les tables chaldéennes de la Création et la Cosmogonie de Bérose, prêtre chaldéen né pendant le règne d’Alexandre le Grand.
La Nature livrée à elle-même est capable de produire le règne minéral, le règne végétal et les animaux inférieurs, mais échoue à produire des humains « à l’image de Dieu » comme le veut la Bible. Pour cela, elle a besoin de l’intervention de puissances spirituelles indépendantes.
Nouvelles tentatives pour créer l’homme
Ce qui caractérise l’homme et le distingue de l’animal, c’est Manas, le Mental supérieur. Kâma, corps de Désir et Mental inférieur, anime aussi bien l’animal que l’homme. L’homme de la première Race, créé sans mental et sans désir, ne pouvait ni évoluer ni se perpétuer. Les Monades qui s’incarnèrent dans « ces coques vides » restèrent inconscientes. Il nous faut donc admettre une double création de l’homme, l’une issue de la terre, l’autre d’un dieu, ou de plusieurs dieux, appelés Elohim dans la Bible.
Ces Seigneurs semi-divins sont des formes éthérées qui exhalent les premiers humains en les détachant d’elles-mêmes ; la Genèse a transformé ce processus en parlant du « souffle de Dieu ».
Cependant, l’Enseignement Occulte nous apprend que les premiers hommes n’étaient pas « complets » comme ceux de notre époque : il y a eu une évolution spirituelle, une évolution psychique, une évolution intellectuelle (la Triade Atma-Buddhi-Manas) et une évolution animale et physique (le Quaternaire) : la Triade vers une forme plus spirituelle, le Quaternaire vers une forme plus matérielle. Ainsi l’Esprit plonge-t-il de plus en plus profondément dans la chair pour acquérir plus de conscience.
Les premiers hommes sont appelés « les Fils du Yoga »: le Yoga est la pratique de la méditation comme moyen de conduire à la libération spirituelle. Les premiers humains sont donc nés de la méditation abstraite au moyen de laquelle les Dhyanis-Bouddhas (les dieux créateurs, les Elohim) créent leurs fils célestes. Les fils de ceux-ci sont produits par le Soleil – le Père Jaune – et la Lune – la Mère Blanche, ou plus précisément par l’Esprit du Soleil et par l’Esprit de la Lune.
La Doctrine Secrète appelle les deux premières races « les Sans-Os »: ce sont des formes humaines éthérées, « sortes d’ombres ne possédant pas de sens », que nous pouvons imaginer comme des fantômes sans consistance.
La Troisième Race est ovipare
Aux Sans-Os succèdent les Nés-de-l’Oeuf : les corps subtils de la Deuxième Race produisent des « gouttes de sueur » qui contiennent les embryons de la Troisième Race.
Ces embryons sont des hermaphrodites. Ce n’est qu’à la fin de la Troisième Race que les deux sexes se séparent, produisant une nouvelle humanité bisexuée.
L’évolution des modes de reproduction a donc eu lieu dans cet ordre : 1°l’homme est asexué et se reproduit par bourgeonnement ; 2°l’homme est hermaphrodite et ovipare ; 3°l’homme et la femme se reproduisent par l’acte sexuel.
Les textes les plus anciens font-ils état de ces différentes étapes ? Nous avons vu précédemment que le symbole de l’Œuf était abondamment utilisé pour expliquer la naissance de l’humanité. La mythologie grecque met en scène un personnage mi-homme, mi-femme, né de l’union des dieux Hermès et Aphrodite. Platon, dans Le Banquet, cite le discours suivant, attribué à Aristophane :
Notre nature de jadis n’était pas ce qu’elle est maintenant. Elle était androgyne ; la forme et le nom tenaient en même temps du mâle et de la femelle et leur étaient communs… Leurs corps étaient ronds et ils couraient circulairement. Leur force et leur puissance étaient terribles et leur ambition prodigieuse. Aussi Zeus les divisa chacun en deux, les rendant plus faibles ; Apollon, sous sa direction, referma la peau.
Mais chaque morceau, regrettant sa moitié, tentait de s’unir à elle : ils s’enlaçaient en désirant se confondre et mouraient de faim et d’inaction. Zeus décida donc de déplacer les organes sexuels à l’avant du corps. Ainsi, alors que les humains surgissaient auparavant de la terre, un engendrement mutuel fut rendu possible par l’accouplement d’un homme et d’une femme.
Ces corps sphériques courant de façon circulaire, image issue de celle de la goutte qui devient œuf, apparaissent aussi dans une vision d’Ezéchiel, avec « quatre Etres Divins qui ressemblaient à l’homme » et se comportaient comme des roues : « Elles avançaient dans quatre directions et ne se tournaient pas en marchant. Leur circonférence paraissait de grande taille. »
On peut sourire du mythe transmis par Platon ; mais le mythe d’Eve tirée d’une côte d’Adam est-il plus raisonnable ?
David Reigle, le tibétologue américain qui a retrouvé le Livre de Kiu-te et les Stances de Dzyan, a compilé les textes bouddhistes qui corroborent l’histoire de la séparation des sexes. Il cite ce passage du livre Aggañña-sutta du bouddhisme Theravada, qui explique que les humains éthérés sont devenus de plus en plus denses quand ils ont commencé à manger, et que cette nourriture est également devenue de plus en plus dense ; à une étape de ce processus s’est produite la séparation des sexes :
« Ces êtres se sont mis à se nourrir de ce riz, et cela a duré très longtemps. Et comme ils le faisaient, leurs corps devenaient encore plus grossiers, et la différence dans leurs regards devenait encore plus grande. Et les femelles ont développé des organes sexuels, et les mâles ont développé des organes mâles. »
Si l’alimentation terrestre a influé sur la physiologie de nos lointains ancêtres, réciproquement, la biosphère qu’ils contribuaient à développer a remodelé et façonné en profondeur la croûte terrestre, en produisant notamment du calcaire et en altérant la composition chimique des roches.
Les déluges renouvellent l’humanité
La réalité du déluge est décrite dans toutes les traditions. Elle correspondrait à un réchauffement brusque de l’atmosphère terrestre succédant à une période de glaciation. Or les géologues et les météorologues dénombrent plus de vingt périodes glaciaires en alternance avec des périodes de réchauffement. Il est donc presque certain qu’il n’y a pas eu un seul déluge, mais plusieurs déluges. Les causes des périodes glaciaires sont multiples : la composition de l’atmosphère (notamment les concentrations de dioxyde de carbone et de méthane), le changement de l’axe de rotation de la terre, le mouvement des plaques tectoniques, les variations de la production d’énergie du Soleil, la dynamique du système Terre-Lune, l’impact des comètes et le volcanisme. La plus ancienne glaciation connue est celle de Pongola (du nom d’une rivière d’Afrique du Sud), qui remonte à 2,9 milliards d’années.
Le Lecteur Effaré se demande si un premier déluge avait pu effacer la Deuxième Race humaine. La glaciation de Pongola se situe dans l’ère de l’Archéen qui s’étend de trois mille deux cents à deux mille huit cents millions d’années et qui se caractérise par la présence de stromatolithes, structures calcaires construites par des bactéries. Il y avait donc des signes de vie naissante lors de la glaciation de Pongola… Mais rien n’indique que des humains au corps éthéré vivaient à cette époque !
Par contre, nous pouvons situer plus précisément le Déluge dont parle la Bible, récit tiré du récit mésopotamien qui figure dansl’Epopée de Gilgamesh, lui-même adapté du récit sumérien de Nippur (ville de l’Irak actuel, site d’importantes fouilles archéologiques depuis le XIXe siècle). Le Noé akkadien du nom de Ziusudra (ou Xisuthrus) entend une voix qui l’avertit du déluge imminent et lui ordonne de construire un navire gigantesque pour échapper à la destruction. Puis « toutes les tempêtes, d’une violence inouïe, firent rage en même temps. Au même instant, le Déluge envahit les centres du culte. » Réfugié dans son bateau, Ziusudra attend sept jours et sept nuits (quarante pour le Noé biblique) que les éléments s’apaisent. Le Noé suivant, Um-Napishtim, que nous connaissons par l’Epopée de Gilgamesh, sauve avec lui un couple de chaque espèce animale ; à la fin de l’inondation, il se désole de voir le genre humain anéanti par les flots :
Je regardais le ciel, le silence régnait,
Je vis les hommes redevenus argile,
Les eaux étales formaient un toit.
J’ouvris une petite fenêtre
La lumière tomba sur mon visage
Je m’agenouillai et me mis à pleurer
Les larmes coulaient le long de mon visage.
Cette tristesse d’Um-Napishtim ne s’exprime nullement chez le Noé biblique, qui se contente de suivre les instructions de Yahvé. Mais tous deux adoptent un comportement prudent avant de sortir de l’arche : ils lâchent un corbeau et une colombe (Um-Napishtim leur adjoint une hirondelle) qui partent en reconnaissance. Revenus à la terre ferme, Noé comme Um-Napishtim s’empressent d’offrir des sacrifices aux dieux (à Yahvé en ce qui concerne Noé). Après quoi, ils repeupleront la terre.
Bien d’autres traditions transmettent à peu près la même histoire : le Vidêvdât (Vendidad) extrait de l’Avesta iranien, met en scène Yima, l’homme primordial sauvé des eaux avec les semences de toutes les créatures. Les Métamorphoses d’Ovide relatent le sauvetage de Deucalion et Pyrrha, transportés dans un coffre en bois au sommet du mont Parnasse et jetant derrière eux des pierres qui deviendront de nouveaux humains. Le Catapatha Brâhmana indien nous montre le sage Manou embarquant avec lui sept Sages, des animaux et des semences. Le Popol Vuh, texte sacré de la culture Maya, parle d’un déluge qui anéantit la deuxième race humaine. La mythologie amérindienne a aussi son héros, Lone Man, rescapé du déluge dans son grand canoë. Il existe aussi un déluge scandinave et un lituanien, mais un déluge chinois n’est pas clairement établi, même si le Huainanzi, issu du Livre des Vastes Lumières, témoigne de catastrophes naturelles proches des récits du déluge ; l’humanité, aidée par la déesse Nüwa, en sortira victorieuse. D’autres récits d’Extrême-Orient évoquent une inondation légendaire.
Deucalion et Pyrrha
Nous savons qu’il y eut plusieurs déluges, un à la fin de chaque Race-Racine; Celui qui hante nos imaginaires est le déluge qui engloutit la Quatrième Race-Racine vivant sur l’Atlantide. Un nouveau cataclysme emportera-t-il notre Cinquième Race, née en Asie Centrale il y a plusieurs milliers d’années ?
Le Lecteur Intrigué pourra en apprendre davantage dans le second tome d’Alice ou la vie longue, consacré à l’Anthropogenèse.