Auteur : mnleloup

  • Le septième Rishi

    Le septième Rishi

    Il entendit vibrer le silence infini

    dans chaque fil tendu sur la trame du monde

    Il entendit la voix qui sortait de l’abîme

    appelant ciel et terre et mer à l’existence

    Il vit des univers dormant au fond des eaux

    un souffle fit frémir les flots à la surface

    L’Un se multiplia le vide se remplit

    Il vit des dieux grandir et agrandir l’espace

    le temps se déployer coeur battant sans mémoire

    et sur ce coeur battant la danse des atomes

    Il traduisit les sons les frissons et les rythmes

    avec les premiers mots qui chantaient l’indicible

  • Journal de rêves : Shams

    En autohypnose, Alice posa d’emblée la question « Où et quand ai-je connu Shams ? », et elle apprit à calmer ses corps physique, astral, mental, afin de s’ouvrir à de nouvelles images. Il fallut quelques séances avant de produire des visualisations significatives.

    Un enfant à moitié nu précédait Alice dans un souterrain, mais elle ne le voyait que de dos. Elle crut comprendre que son petit guide était Dimitri, l’enfant mort-né en 1985, et elle fondit en larmes. Mais elle pouvait désormais compter sur une présence affectueuse dans l’autre monde, zone mystérieuse de « l’implicite », selon David Bohm. Au cours des siestes quotidiennes de ce mois de juillet torride, elle plongea dans son subconscient, avec de plus en plus d’audace et de détermination.

    Alice fit enfin un rêve éveillé qui la bouleversa : « Je me trouve au bord d’un fleuve houleux. Il y a eu une inondation et je suis seul rescapé de ma famille (je suis un garçon) avec mon père. Nous sommes accrochés à un tronc d’arbre qui flotte sur le fleuve, ou plutôt assis sur ce tronc, car le fleuve est calme à présent. Un autre petit garçon survient, qui a perdu toute sa famille lui aussi ; je lui tends la main et je lui dis : Tu peux rester avec Papa si tu veux, je ne t’abandonnerai pas. » Alice reconnut Shams dans ce frère adoptif apporté par les eaux.

    Dans la réalité de 1995, Shams avait été apporté par les eaux turquoise de la piscine, grâce à l’ingénuité de Félix, le fils d’Alice qui jouait sur le bord et qui avait répondu à ses questions – de même que le petit Dimitri l’avait amené vers Alice dans son rêve éveillé.

    Sur le rivage d’un lac indien, Alice et Shams jouaient avec des galets ; ils construisaient un petit train qui traversait un tunnel modelé dans la terre, puis ils faisaient des ronds dans l’eau, comme tous les enfants du monde. Plus tard, Alice apercevait une flamme énorme s’élevant au milieu du lac : c’était un bûcher funéraire. Puis son inconscient se taisait, Alice ne voyait plus que du blanc lors de ses tentatives de régression dans le passé.

    Un quart de siècle plus tard, les messages du monde implicite s’actualisèrent. Une épidémie venue de Chine ravagea l’Europe, puis tous les continents. L’Italie fut frappée de plein fouet, et notamment la Vénétie où vivait Shams. Alice, qui depuis peu avait retrouvé de nouveaux rêves éveillés, essaya d’entrer en contact avec l’image de Shams. Elle aperçut très vite au bord d’un fleuve une barque chargée de sept moines capucins, debout et vus de dos, la tête complètement dissimulée par un capuchon ; l’un d’eux tenait à la main une corde qui s’enfonçait dans l’eau. Alice comprit. Un autre rêve montra Shams sous l’eau, agrippé à cette corde et se débattant dans les affres de l’agonie. La troisième tentative se solda par un écran noir troué d’une enveloppe blanche. La quatrième remit au devant de la scène la barque funéraire, sans corde ni moines cette fois, mais entourée de jeunes garçons jouant dans l’eau – comme le font tous les enfants autour d’un objet flottant : « Le flot joue avec les enfants et le pâle éclat de la plage sourit… ». C’était à n’en pas douter un symbole de renaissance, « et des tombes d’hier fleurira l’amandier »…

    À Vicenza, Alice lui avait dit : « Je veux te revoir dans la prochaine vie, et pour cela tu devras penser à moi au moment de mourir. »

    Alice aurait voulu accompagner Shams dans ce long voyage qui mène de la mort à une vie nouvelle mais elle se heurtait à l’écran noir. Comment faire ? Il fallait se contenter de capter les messages venus du subconscient, région intermédiaire du psychisme qui s’exprime, entre autres, par ce que Jung appelle des « synchronicités », c’est-à-dire la simultanéité de deux événements qui n’ont pas de lien de causalité physique, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les vit.

    La première synchronicité fut, dans le jardin d’Alice, la croissance et la floraison d’un superbe iris au cœur d’or, suivi par celles d’une digitale pourpre. Ces fleurs apparues en 2020 ne revinrent pas les années suivantes. Il y eut aussi un étrange papillon posé sur le chambranle de la porte du living, immobile pendant deux jours puis retrouvé mort dans une autre pièce.

    Selon la technique recommandée à Josepha, Alice chercha la signification symbolique de ces cadeaux tombés du ciel. Dans la mythologie grecque, la déesse Iris, figure féminine d’Hermès, est la messagère des dieux : comme lui, elle est légère, ailée, rapide ; elle est vêtue d’un voile aux couleurs de l’arc-en-ciel ; elle représente la liaison entre la Terre et le Ciel, les humains et les dieux. La digitale pourpre était considérée autrefois comme une plante magique qui protégeait les chaumières contre les forces souterraines néfastes ; comme tous les symboles, elle présente en même temps un aspect négatif (c’est un poison violent) et un aspect positif (elle est employée dans la pharmacopée pour soigner les insuffisances cardiaques). Le papillon, assez sombre mais pourvu d’ocelles éclatants sur ses ailes inférieures, appartenait à la catégorie « sphinx » ; il symbolisait l’âme et ses métamorphoses. Alice était ravie d’apprendre toutes ces significations qu’elle interprétait comme des messages de Shams.

  • Le temps selon la Doctrine Secrète

    il a fallu attendre une publication de 1912, de l’astronome et météorologue allemand Alfred Wegener, pour imaginer que les continents avaient pu former une seule masse il y a 290 millions d’années ; cette masse fut appelée « Pangée », une seule terre.

    La Pangée aurait subsisté de la fin du Carbonifère au début du Permien. Les géologues du début du XXe siècle rejetèrent la théorie de Wegener, mais quarante ans plus tard des géophysiciens démontrèrent que la dérive des continents était due à la tectonique des plaques et que Wegener avait raison.

    Cinq continents, cinq races humaines

    Helena Blavatsky a devancé Alfred Wegener en décrivant les cinq continents sur lesquels se succédèrent les cinq Races-Racines de l’humanité. Le premier est « la Terre sacrée Impérissable », seule terre appelée à subsister du début à la fin du Manvantara actuel : elle est le berceau du premier humain et la demeure du dernier mortel divin. On ne peut la situer précisément.

    Une remarque s’impose à l’intention du Lecteur Abasourdi du XXIe siècle : quand Blavatsky parle de races et de sous-races, il ne s’agit nullement d’une classification dévalorisante et discriminatoire ; ces termes désignent simplement des vagues de population successives.

    Le deuxième continent est le continent Hyperboréen, que nous avons évoqué à propos de l’Age d’Or. Il englobait l’actuelle Asie du Nord et s’étendait au sud et à l’ouest du Pôle Nord. C’est là que vécurent les hommes-dieux de la 2e Race-Racine, ces géants plus âgés que Mathusalem.

    Le troisième continent est appelé « Lémurien », une invention de Philip Lutley Sclater, zoologiste anglais du XIXe siècle, qui découvrit les fossiles d’un lémurien noir aux yeux bleus à la fois à Madagascar et en Inde, et en déduisit l’existence préhistorique d’un continent qui s’étendait de Madagascar à Ceylan (Sri Lanka) et à Sumatra (Indonésie). Helena Blavatsky adopta ce nom de Lémurie pour désigner le troisième continent. En réalité, dit-elle, cet énorme continent se prolongeait en Afrique à l’ouest et en Australie à l’est ; il est à présent recouvert par les eaux du Pacifique, ne laissant plus apparaître que quelques îles.

    Le quatrième continent est l’Atlantide, évoquée par Platon (de – 428 à – 348) dans deux de ses Dialogues, le Timée et le Critias. Platon en fait une île située au-delà des Colonnes d’Hercule, c’est-à-dire des montagnes bordant le détroit de Gibraltar. Le Critias donne plusieurs détails sur les mœurs des Atlantes : ce sont des conquérants, annexant à leur île une partie de l’Afrique jusqu’à l’Égypte, et de l’Europe jusqu’à l’Italie. Mais ils se corrompent au fil du temps, ce qui provoque la colère de Zeus. Peu après la victoire des Grecs, des tremblements de terre secouent Athènes ainsi que l’Atlantide ; celle-ci est engloutie dans un immense raz de marée.

    Le cinquième continent est le berceau de notre cinquième Race-Racine Aryenne, l’Eurasie, à laquelle appartenaient encore le delta du Nil en Egypte et l’Afrique du Nord, « l’Ancien Monde » : c’est là que naquirent les premières civilisations, en Mésopotamie, en Perse, en Inde, en Chine et autour de la Méditerranée. A la fin des périodes glaciaires, vers 10 500 avant J.C., le Sahara était une vallée verdoyante et fertile ; les changements climatiques des années – 8000 desséchèrent cette région et la transformèrent en désert. La Doctrine Secrète assigne à la Race Aryenne une durée d’un million d’années, de sa naissance à nos jours.

    La cinquième Race, la nôtre !

    Les humains de la cinquième Race étaient plus petits que leurs ancêtres et ils vivaient moins longtemps. Ils générèrent sept Sous-Races parmi lesquelles la cinquième Sous-Race, la nôtre, est dominée par les Anglo-Saxons et les Teutons, ancienne tribu d’Europe du Nord d’origine germanique ou celtique. Avant elle, la première Sous-Race a prospéré en Asie centrale, dans des royaumes maintenant disparus, et dont les ruines existent encore dans l’Himalaya à travers le Tibet. La deuxième Sous-Race se développa en Inde et dans le sud de l’Asie. La troisième créa les puissantes civilisations de Babylone, de Chaldée, d’Egypte, la quatrième celles de la Grèce et de Rome.

    Le Lecteur Perspicace aura noté que le Tibet, terre de la première Sous-Race, a produit les Stances de Dzyan dont Helena Blavatsky s’est inspirée pour rédiger la Doctrine Secrète. De même, c’est l’Inde de la deuxième Sous-Race qui fut le berceau des Vedas, source inépuisable d’informations tant pour Sri Aurobindo que pour Blavatsky. Après cela, les messages du passé deviennent plus flous, plus colorés par les mythologies chaldéenne, égyptienne, grecque et romaine ; un exemple flagrant de message défiguré est celui de la Bible judéo-chrétienne, qui nous a laissé l’histoire un peu puérile de la Genèse.

    Ici, le thème du temps long exige que nous nous projetions dans l’avenir. Helena Blavatsky prévoit que le continent euro-asiatique ne sera plus la demeure des prochaines Sous-Races. Elle écrit en 1887 :  

    De purs Anglo-Saxons qu’ils étaient il y a trois cents ans à peine, les Américains des Etats-Unis forment déjà une nation à part et, par suite d’un grand apport de différentes nationalités et par mariages mixtes, ils forment presque une race sui generis, non seulement mentalement, mais aussi physiquement. […] Bref, ils présentent les germes de la sixième Sous-Race et deviendront certainement dans quelques centaines d’années, les pionniers de cette race qui doit, avec toutes ses nouvelles caractéristiques, succéder à la race Européenne actuelle, ou cinquième Sous-Race. Après cela, dans environ 25 000 ans, ils commenceront les préparatifs pour la septième Sous-Race, jusqu’au moment où la sixième Race-Racine fera son apparition sur la scène de notre Ronde, après des cataclysmes dont la première série doit un jour détruire l’Europe et plus tard la Race Aryenne tout entière.

    H.P.B. rassure cependant les amoureux du continent européen :

    Les derniers vestiges du Cinquième Continent ne disparaîtront que quelque temps après la naissance de la nouvelle Race : lorsqu’une nouvelle demeure, le Sixième Continent, aura fait son apparition au-dessus des nouvelles eaux, sur la surface du Globe, afin de recevoir la nouvelle venue. (Doctrine Secrète, tome 3)

    Ces pionniers de la nouvelle Race donneront naissance, pendant des milliers d’années, à des enfants considérés comme anormaux, physiquement et mentalement. Sans doute est-ce par ces transformations génétiques que les Races et les Sous-Races se succèdent.

  • La science et le temps

    L’origine du temps

    L’origine du temps, c’est le titre du beau livre de Thomas Hertog, un cosmologiste belge né en 1975 qui a travaillé vingt ans avec le célèbre Stephen Hawking sur le thème de l’inflation cosmique. La troisième Stance de Dzyan  évoquait déjà cette expansion de l’univers :

    Sloka 1 : … La Mère se gonfle, elle croît de dedans en dehors, comme le Bouton du Lotus.

    Le gonflement de la Mère « de dedans en dehors » représente clairement l’inflation cosmique décrite par Georges Lemaître, un autre astronome belge (1894-1966) qui avait démontré que c’est l’espace lui-même qui s’étire comme une toile et qui fait apparaître les galaxies comme s’éloignant les unes des autres. Il découvrit aussi que l’univers avait pu traverser une longue période de très faible expansion pendant laquelle les galaxies, les étoiles et les planètes auraient eu le temps de se former ; il appela ce phénomène « l’univers hésitant », phénomène qui d’ailleurs serait plus favorable à l’expansion de la vie.

    L’intuition de Georges Lemaître fut confirmée par l’observation de supernovae, c’est-à-dire de l’implosion des étoiles en fin de vie. L’implosion d’une étoile s’accompagne d’un jaillissement de lumière et de la libération d’éléments chimiques qu’elle a synthétisés durant sa vie : ce sont peut-être « les Fils qui se séparent et se dispersent », selon la métaphore du Sloka 11;

    Nous devons aussi à Georges Lemaître l’idée d’un début de l’Univers, sous forme d’un atome primitif hyperdense dont la désintégration donnerait naissance au cosmos : sans l’avoir nommé (c’est Fred Hoyle qui s’en chargera), il imaginait le Big Bang. Or, bien avant lui, les Anciens parlaient d’un Germe, d’un Œuf Cosmique contenant en puissance tout l’Univers. Einstein, son contemporain, rejetait toute idée d’un commencement, s’en tenant à l’image d’un Univers stationnaire.

    Stephen Hawking et Thomas Hertog entreprirent de remonter le temps jusqu’au Big Bang. Il y a 13,8 milliards d’années, il n’y avait pas de temps, pas de causalité – donc pas de lois physiques, ce qu’exprime très bien la première Stance de Dzyan :

    Sloka 2 : Le Temps n’était pas, car il dormait dans le Sein infini de la Durée.

    Sloka 3 : Le Mental Universel n’était pas, car il n’y avait pas de Ah-hi [êtres célestes] pour le contenir.

    De même que le Mental Universel n’était pas, faute d’êtres intelligents pour le contenir (Sloka 3), le Temps, l’Espace terrestre et la Causalité n’étaient pas, faute de conscience pour affirmer leur existence. C’est exactement ce que dit la physique quantique : le passé non observé n’existe que sous la forme de spectre des possibles (une fonction d’onde) ; dès qu’il est observé, il se transforme en ondes ou en particules, il prend forme. Le fait d’observer transforme donc ce qui pourrait être en ce qui est.

    Mais alors, demande le Lecteur Impatient, quand le Temps a-t-il commencé ?

    Le Temps commence avec la conscience qui observe son déroulement. Helena Blavasky ne définit-elle pas le Temps comme « une succession d’états de conscience » ?

    Et encore avant la naissance du Temps ? insiste le Lecteur Obstiné.

    Avant, c’était le Pralaya, le sommeil du monde, mais seuls les textes ésotériques le révèlent ; la science actuelle ne conçoit le Pralaya que comme « une singularité », soit une région de l’espace-temps où les quantités deviennent infinies. On peut espérer trouver mieux…

    Deux façons de se représenter le temps

    Dans le paradigme matérialiste, le temps est linéaire, composé de trois « moments » qui se succèdent toujours dans le même ordre, le passé, le présent, le futur ; on parle alors de « la flèche du temps ». Pourtant, Einstein lui-même disait que « La distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle ».

    Dans le nouveau paradigme, que nous appellerons intuitif, le temps est roulé en boule : c’est une spirale infinie, une continuité cyclique mais en progrès, dessin qui apparaît dans tous les règnes de la nature, de la coquille de l’escargot à la double hélice de l’ADN. En fait, nous devons élargir cette image d’un fil enroulé sur lui-même, car on sait depuis 1905 avec Poincarré que le temps n’est rien par lui-même, qu’il n’est que la quatrième dimension de l’espace-temps. Mais ce que nous appelons le temps cyclique est en fait l’énergie de l’évolution qui traverse la matière. Et cette énergie se déroule en spirale, comme on le voit dans les tornades ou dans la formation des galaxies.

    Dans la nouvelle image de la physique, nous voyons que la matière, représentée par l’œuf cosmique, déforme le « tissu » de l’espace-temps, et donc notre perception du réel. Plus on est près d’une grande masse de matière, plus l’espace-temps est déformé. C’est ainsi qu’Einstein a pu parler de « la courbure de l’espace-temps » capable de mettre un corps en mouvement à cause de la gravité. On déduit de cette nouvelle représentation que s’il n’y a pas de matière il n’y a pas d’espace-temps. Les trois notions sont intimement liées.

    La conscience des galets, des bactéries, des coccinelles, des grenouilles, des loups et des agneaux, la conscience des humains et celle des demi-dieux s’unissent pour former un grand dôme de matière invisible et impalpable au-dessus du monde : la Conscience Cosmique, que les scientifiques ont baptisée Noosphère. Ce dôme impulse et maintient les paradigmes qui conditionnent notre vision de l’univers, et notamment notre conception du temps : ce n’est pas la longueur du fil temporel qui importe ici – un jour, trois ans, cent ans, deux millénaires – mais le fait qu’il soit profondément ancré dans la matière. Or la matière est périssable, et plus encore quand elle est animée : la matière vivante naît, croît, se dégrade et meurt ; nous nous identifions à elle, croyant que nous naissons, croissons, nous dégradons et mourons.

    Dans le paradigme matérialiste, le passé semble figé à tout jamais ; le futur au contraire nous paraît souple, ajustable selon nos intentions et selon les circonstances de son accomplissement.

    Dans le paradigme intuitif, le passé du temps cyclique n’est pas figé : il peut se modifier dans la conscience, et la conscience peut en retrouver des bribes, comme celles qu’Alice a consignées dans son Journal de rêves.

    Les lignes temporelles

    La conscience peut aussi choisir parmi plusieurs lignes temporelles celle qui la mènera au futur qu’elle s’est fixé. Plusieurs lignes temporelles ? s’étonne le Lecteur Conditionné, accoutumé à une ligne du temps unique. Oui, plusieurs, si on raisonne dans le cadre de la physique quantique : le phénomène de l’intrication quantique montre que deux particules ou groupes de particules forment un système lié, comprenant des états interdépendants, quelle que soit la distance ou la durée qui les sépare, comme si ces particules échangeaient de l’information à une vitesse supra-luminique. Au niveau du macrocosme, on peut imaginer l’univers comme un ensemble de points (particules) disséminés dans l’espace-temps. L’intrication joue sur ces particules liées par l’information : différentes évolutions possibles coexistent, ce qui se traduit par plusieurs lignes temporelles.

    Mais qui dessine ces lignes temporelles ? C’est l’ensemble des consciences participant à la Noosphère depuis la nuit des temps jusqu’au prochain Pralaya.

    Dans un temps cyclique, ces lignes existent déjà : le futur est là en même temps que le présent, mais de façon moins dense que le présent. C’est parce que notre conscience se maintient dans la couche de la matière dense (selon le paradigme matérialiste) que nous n’accédons pas aux couches plus éthérées où se dessine l’avenir. Certains, qu’on appelle prophètes, transportent leur conscience aux niveaux éthérés d’autres lignes temporelles.

    Comment la conscience choisit-elle une ligne temporelle plutôt qu’une autre ?  La conscience choisit un itinéraire en fonction des informations dont elle dispose : la probabilité de réussite, par exemple, ou les interventions extérieures comme les conseils d’amis ou d’experts, le rapport qualité/prix, les conditions météo, etc. Et cette ligne temporelle est encore susceptible de bien des bifurcations. Certaines lignes temporelles sont adoptées spontanément par la conscience corporelle (forte densité) qui reconnaît les orientations bénéfiques pour le corps. D’autres sont sélectionnées de façon presque automatique, car la personnalité conditionnée par ses choix antérieurs, les diktats de la société ou les croyances philosophiques, a tendance à creuser toujours le même sillon. Pour les personnes très « formatées », on peut donc dire que le futur est une voie toute tracée.

    Mais il n’en va pas de même pour les humains connectés à leur âme (faible densité) : ceux-ci gardent leur libre arbitre. Leurs choix guidés par un mental illuminé ou mental intuitif, dessinent une évolution conforme à la volonté de leur âme.

    Le temps de la conscience inclut-il le Karma ? se demande le Lecteur Théosophique.

    Logiquement, ces nouvelles lignes temporelles choisies par la conscience devraient s’orienter en fonction du Karma, défini par Blavatsky comme « la loi infaillible qui ajuste l’effet à la cause, sur les plans physique, mental et spirituel de l’être ».

    Si, comme Alice le croit, le Karma permet à chaque être de se perfectionner de vie en vie, il est associé à la loi d’Evolution. Et nous avons vu que le Temps n’était que l’énergie évolutive à l’œuvre dans la Matière (physique, astrale, mentale). Il inclut donc le Karma.

  • Journal de rêves : Ida l’Italienne

    Le 16 décembre 2020, Alice poursuit sa recherche des vies antérieures, en partant de l’écuyer Yvon qui avait si peur de la mort et désignait un tableau de Giulio Romano : mystère à éclaircir !

    Je rencontre d’abord un moinillon coquin, vêtu d’une bure violette avec un grand capuchon pointu qui m’empêche de voir son visage. Puis une jeune fille aux cheveux tressés en couronne, cousant assise auprès d’une fenêtre. J’ai l’impression d’être dans une riche demeure de la Renaissance italienne. La jeune fille nommée Ida est jolie et très gaie, elle rit souvent et ne prend rien au sérieux, pas même le moine – grave, celui-là – qui surgit à sa droite en la sermonnant. Apparemment, Ida est nourrie aux idées humanistes. Les doutes qui avaient assailli Yvon et l’avaient terrorisé sont cette fois exprimés librement, au grand dam de l’homme de Dieu.

    Puis je vois Ida sur la terrasse qui domine son magnifique jardin à l’italienne. Elle doit être mariée : un homme jeune enjambe la balustrade pour venir lui parler. Deux enfants, un garçon et une fille, s’amusent dans les allées du jardin.

    Ida n’a pas peur de la mort, contrairement à Yvon. J’ai l’impression qu’elle a déjà fait ce que nous appelons maintenant « une expérience de mort imminente » (N.D.E. en anglais), mais elle peine à me transmettre le souvenir de son passage dans l’au-delà. Je n’en vois que le début, bien entendu dans une rivière (image fréquente dans mes visions) : Ida, couchée sur le dos, se laisse entraîner par le courant.

    Plus tard, un autre jeune homme au teint foncé (mais pas noir) viendra converser avec Ida sur la même terrasse. Tous deux sont amoureux, mais d’un amour platonique. Je pense qu’il s’agit d’une précédente incarnation de Shams… Peut-être ! Il reviendrait d’une expédition lointaine, au-delà des mers.

    Ida est coquette, elle aime les beaux vêtements. Quand j’étais petite, j’étais fascinée par les costumes de la Renaissance proposés par le dictionnaire. J’en déniche un exemple sur Google. Même la coiffure correspond à mon rêve !

    Je conclus cette histoire par l’idée que la conscience progresse non seulement par des questions, mais aussi par l’humour et par la gaieté.

    Le 20 décembre, Alice retrouve Ida l’Italienne.

    Il y a des choses à corriger dans la première version d’Ida.

    Elle n’a pas fait une N.D.E., mais malheureusement, c’est sa petite fille qui est morte noyée dans un étang du jardin alimenté par une fontaine.

    Par contre, Ida était capable de sortir de son corps et de s’élever, légère, au-dessus de sa belle villa. C’est ainsi qu’elle a pu voir où vivait Shams et décider de se réincarner en Inde.

    Quand je lui demande ce qu’elle a appris dans cette vie, elle me répond qu’elle a beaucoup appris avec les moines – mais c’est peut-être un trait d’humour – et avec les livres : elle cite Pic de la Mirandole et Paracelse, elle a appris l’astrologie.

    Elle était fascinée par la beauté : architecture, peinture, jardins, vêtements…

    Légère je suis légère
    mes pieds frôlent à peine l’écume de la mer
    mon cœur est une bulle
    mes pensées un essaim d’abeilles
    sur la fleur où s’éploient le monde et ses merveilles.


    Légère je suis légère
    je danse et virevolte au-dessus des clairières
    sans peur sans nostalgie loin des statues de sel
    je m’ouvre au Souffle immense aux brises parfumées
    je te rejoins en un coup d’aile.


    Légère je suis légère
    avec toi je gravis des escaliers de lierre
    vers le jardin où dort l’enfance aux blancs pétales
    viens au balcon du ciel voir les pesants glaciers
    doucement fondre en pluie d’opales.

    Telles sont les impressions d’Ida flottant dans l’atmosphère…

    Alice connaissait vaguement les auteurs cités par Ida. Jean Pic de la Mirandole (1463-1494) était un philosophe humaniste italien qui se consacra à la recherche de la prisca theologia, c’est-à-dire la théologie première exposée par les Anciens ; il synthétisa les principaux enseignements philosophiques et religieux connus à son époque, tels que le platonisme, l’aristotélisme, la scolastique, et fonda la première Kabbale chrétienne. Tout cela le rattache à la tradition de l’occultisme qu’Helena Blavatsky remit à l’honneur. Quant à Paracelse (1493-1541), médecin-chirurgien suisse, mais aussi philosophe et théologien laïc, il concevait les phénomènes naturels comme des processus de transformation, et la médecine comme une application de la philosophie, de l’alchimie et de l’astrologie ; il pensait que tout est en relation avec tout, s’efforçant toujours de pénétrer la nature profonde des choses. Comme Pic de la Mirandole, Paracelse rejoint le courant de la connaissance occulte.

    Plus tard,Alice reprend ses recherches sous autohypnose.

    Je suis frappée par la similitude entre trois destins, celui d’Ida, celui de Saadia (Sur un marché persan) et le mien : chaque fois, nous perdons un enfant, pourquoi ? Il faut que je sache d’où vient cette malédiction – qu’on peut appeler Karma…

    Le Lecteur Hésitant pourra comprendre cette énigme en lisant le 2e tome de Alice ou la vie longue en ligne. Mais avant cela, il comprendra que cette page du Journal de rêves illustre bien le thème du mental, car c’est dans l’incarnation d’Ida que l’âme d’Alice a pu apprendre ce dont elle avait besoin pour progresser dans la Connaissance.

  • Le regard de la science sur le mental et l’intuition

    Qu’est-ce que l’intuition ?

    A mi-chemin de notre évolution, sur quels outils de la Conscience pouvons-nous compter ? Sur le Mental (Manas), à la fois concret et abstrait, à la fois émotionnel et rationnel, mais aussi sur l’Intuition (Buddhi), qui constitue le pont entre le Mental et l’Esprit (Atma). Le Maître Djwal Khool explique :

    L’intuition n’est en réalité que la perception par le mental de certains facteurs dans la création, de lois de la manifestation ou de quelque aspect de la vérité connu de l’âme, émanant du monde des idées et étant de la nature des énergies génératrices de tout ce qui est connu et vu. 

    De cette définition un peu longue, Alice retirait deux idées : d’abord, l’intuition émane du corps mental ; ensuite, elle permet d’accéder à des vérités impossibles à découvrir par le seul mental analytique.

    De leur côté, les Théosophes ont évidemment cherché à définir et à développer cette faculté. Parmi eux, l’Irlandais Charles Johnston (1867-1931), naturaliste et spécialiste du sanskrit, devenu par mariage neveu d’Helena Blavatsky, écrit dans son commentaire des Yoga Sutras de Patanjali :

    Ce pouvoir divinisant de l’intuition est le pouvoir qui gît au-dessus de ce qu’on nomme le mental rationnel et il lui est sous-jacent : le mental rationnel formule une question et la soumet à l’intuition, laquelle donne une réponse juste, souvent immédiatement déformée par le mental rationnel, mais cependant contenant toujours un fond de vérité. C’est par  ce processus, au moyen duquel le mental rationnel apporte à l’intuition des questions à résoudre, que s’obtiennent les vérités de la science, les éclairs de la découverte et du génie. Mais le travail de ce pouvoir supérieur n’est pas nécessairement subordonné à ce qu’on nomme le mental rationnel ; il peut actionner directement, en tant qu’illumination totale, « la vision et la faculté divines ».

    Alice retenait que l’intuition se situe « au-dessus du mental » mais aussi en-dessous, comme si elle était à la fois le passé évolutif du mental et son avenir, la force qui pousse en avant et la lumière qui tire vers le haut. Elle réalisait aussi qu’une étroite collaboration peut souder le mental et l’intuition.

    Bien des scientifiques, comme Archimède, Léonard de Vinci, Newton, Mendeleïev, Einstein, Arthur Koestler, Poincaré, etc., ont confirmé le pouvoir de l’intuition. Chez les mystiques, l’illumination totale est appelée samadhi, l’éveil. Mais cette intuition qui apparaît dans nos vies sous forme d’étincelles de connaissance doit progressivement devenir un état stable et permanent. Selon Patanjali, la pratique de la méditation concentrée sur « la lumière dans la tête » doit maintenir les éclairs d’intuition pendant des laps de temps de plus en plus longs, jusqu’à devenir un flux continu.

    Nous comprenons assez bien ce qu’est le mental, qui distingue, analyse, induit, déduit, établit des correspondances… Mais comment l’intuition le dépasse-t-elle ? Comment la reconnaît-on ? Etymologiquement, l’intuition est le regard « à l’intérieur », la perception immédiate de la vérité que nous portons en nous. A la suite de Sri Aurobindo, son disciple Satprem tente de la définir :

    La connaissance est un éclair jailli du silence, et tout est là, pas plus haut ni plus profond vraiment, mais là, sous nos yeux, attendant seulement que nous soyons un peu clairs – il ne s’agit pas tant de s’élever que de désobstruer. […] Et tout est si rapide, fulgurant – terribles rapidités de la conscience qui s’éclaircit. Un point, un son, une goutte de lumière, et un monde éclatant, gorgé, est là contenu – des milliers d’oiseaux insaisissables dans une seconde d’éclair. L’intuition répète, à notre dimension, le mystère originel d’un grand Regard – un clin d’œil formidable qui a tout vu, tout connu, et qui joue à voir peu à peu, lentement, successivement, temporellement, d’une myriade de points de vue, ce qu’Il avait embrassé seul dans une fraction d’éternité.

    Satprem, Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience

    Platon parlant de la réminiscence le disait aussi : c’est un souvenir de la Vérité. Ce souvenir, nous le portons en nous, c’est notre part de lumière qui soudainement coïncide avec notre part d’ombre, le mental besogneux qui décortique et ratiocine.

    Où situer l’intuition dans l’évolution de la conscience ?

    Imaginons la conscience sous la forme d’un arbre qui croît au fil de ses incarnations – car elle a besoin de se heurter à la matière pour grandir. Voici les étapes de son développement :

    1°l’instinct, que l’homme partage avec l’animal, et qui assure sa sauvegarde (instinct de conservation et instinct grégaire), la perpétuation de l’espèce (instinct sexuel), l’impulsion vers le progrès (instinct d’auto-affirmation, instinct exploratoire) ;

    2°le mental concret, ou capacité de construire des formes-pensées qui permet à l’homme d’agir intelligemment sur son milieu ;

    3°le mental abstrait, ou faculté de construire des structures mentales qui serviront de modèles dans la conduite d’une vie indivi-duelle ou d’une vie sociétale ;

    4°l’intuition, ou faculté de prendre contact avec le Mental Universel et de comprendre le sens de l’évolution.

    Le Scribe Eclairé note que l’instinct est étroitement lié au corps des émotions : l’homme savoure sa sécurité, se sent heureux de retrouver sa famille ou son groupe, ressent du plaisir dans l’acte sexuel, jubile dans la découverte, s’épanouit dans l’affirmation de son individualité. Les émotions, qui s’organisent et se cristallisent en sentiments, vont accompagner toute l’évolution intellectuelle : ce sont elles qui créent la motivation à apprendre et à grandir, ainsi que la satisfaction de résoudre une énigme ; ce sont elles encore qui provoquent une explosion de joie lors de l’Eveil ou samadhi, accomplissement de l’intuition dans l’union avec la Divinité.

    Le corps des émotions s’enroule autour du corps mental comme le chèvrefeuille autour de la branche, et tous deux évoluent de concert.

    Le pouvoir de l’imagination

    L’imagination ou capacité de produire des images mentales, espèce particulière de formes-pensées, joue un rôle certain dans le psychisme des artistes, des scientifiques et… des méditants. Liée aux processus mentaux, l’imagination est le germe de la méditation intuitive et de la visualisation, véritable base de tout travail créateur. Carl-Gustav Jung a utilisé l’imagination active pour donner une forme sensible aux images de l’inconscient, comme dans le rêve nocturne ; il la reconnaît dans les visions des mystiques, de Hildegarde von Bingen par exemple. On dirait que l’imagination jette un pont entre l’inconscient et la conscience, entre le mental et l’intuition. En utilisant la matière mentale (que Patanjali appelle la chitta) pour construire ce que les yeux de chair ne voient pas, elle préfigure la capacité de l’intuition à percevoir la Vérité.

    Le  chimiste Friedrich August Kekulé identifia en 1865 la structure en anneau du benzène. Il raconte ainsi sa découverte, survenue après plusieurs semaines de recherches : « Je tournai ma chaise vers le feu et tombai dans un demi-sommeil. De nouveau, les atomes s’agitèrent devant mes yeux. […] De longues chaînes, souvent associées de façon plus serrée, étaient toutes en mouvement, s’entrelaçant et se tortillant comme des serpents. Mais attention, qu’était-ce que cela ? Un des serpents avait saisi sa propre queue, et cette forme tournoyait de façon moqueuse devant mes yeux. Je m’éveillai en un éclair ! »: Kekulé avait reconnu l’ouroboros des alchimistes, le serpent qui se mord la queue, symbole bien connu de la prima materia, qui lui dévoila en un éclair la structure cyclique du benzène.

    L’imagination créatrice peut être sollicitée pour aider la conscience à escalader les degrés supérieurs du mental. Par exemple, on visualise la première marche en pensant : « Etre un ciel immobile où passent des nuages », puis la deuxième : « Etre un ciel lumineux où vibre ta Splendeur », puis la suivante : « Etre un ciel de cristal où règne ta Conscience ». La difficulté consiste à se maintenir à cette hauteur.

    L’intuition des enfants

    D’après la psychologue du développement Alison Gopnik, l’adulte a une conscience-projecteur qui lui permet de se focaliser sur un objectif, tandis que l’enfant a une conscience-lanterne expansive, sans préjugés et sans antécédents pour guider ses perceptions. Ainsi, il peut parfois mieux résoudre certains problèmes d’apprentissage que les adultes, parce que son champ perceptif est plus large. C’est le cas des situations où il faut penser en dehors d’un cadre préétabli, où l’expérience entrave plus qu’elle ne favorise l’apprentissage. Le cerveau de l’enfant est extrêmement plastique, doté de connexions neuronales beaucoup plus nombreuses que le cerveau de l’adulte. Dans Le bébé philosophe, Alison Gopnik parle d’une « illumination panoramique intense du quotidien » due à la conscience-lanterne, fréquente chez l’enfant, rare chez l’adulte, sauf chez certains artistes encore capables de s’enchanter d’une fleur qui éclot ou d’un oiseau qui s’envole, et surtout de s’immerger dans la réalité ambiante. Ci-dessous, Robin Carhart-Harris et Alison Gopnik :

    A l’âge de deux ans, le langage vient structurer cette perception panoramique du bébé : c’est la naissance du mental analytique, qui met un nom sur chaque chose et établit des correspondances entre les vivants et les objets, et c’est aussi la naissance du Moi, qui prend conscience de son individualité, de ses désirs, de son passé et de son avenir. L’enfant n’est donc plus totalement immergé dans son environnement. Est-ce la fin de l’intuition ? C’est plutôt le début du mental intuitif. Toute l’histoire de la conscience humaine passe par l’enfouissement d’une étincelle divine dans la matière, afin de lui donner l’expérience de la vie terrestre, et finalement de la reconstruire, plus vaste et plus forte. Pour le microcosme comme pour le macrocosme, le développement se fait en spirale, et chaque tour enrichit le précédent. L’adulte doit prendre conscience de son intuition initiale, d’un état de conscience antérieur à la vision dualiste, voilà sans doute ce que Jésus voulait signifier.

    Le Scribe Erudit rappelle au Lecteur Désarçonné la perte du Troisième Œil chez les Atlantéens et l’espoir de sa possible résurgence dans une future Sous-Race. Nous avons appris à cette occasion que la glande pinéale située dans le cerveau produit une minuscule quantité de diméthytryptamine – DMT en abrégé – responsable des hallucinations, et qu’on peut augmenter sa concentration par l’apport de substances contenues dans différentes plantes, utilisées lors de cérémonies chamaniques. Les sujets sous DMT testés par le psychiatre Rick Strassman en 1980 faisaient état d’images vivement colorées, de visions de créatures (elfes, anges, démons, dragons, etc.), de rencontres divines ou de visions totalement psychédéliques

    L’expérience psychédélique servira peut-être de tremplin à la recherche sur l’évolution du psychisme. Dans son Voyage aux confins de l’esprit, Michael Pollan raconte l’improbable rencontre de Robin Carhart-Harris, qui étudie l’influence des drogues psychédéliques sur le cerveau, et d’Alison Gopnik, philosophe et psychologue spécialiste du développement, auteur du best-seller Le bébé philosophe, que nous venons de citer.

    Grâce aux procédés de l’imagerie médicale, Carhart-Harris a pu montrer que la psilocybine (un hallucinogène) réduisait l’activité cérébrale, surtout dans le réseau du mode par défaut (MPD) : c’est un centre d’activité essentiel au cerveau et qui relie certaines régions du cortex à des structures plus profondes et plus anciennes impliquées dans la mémoire et les émotions ; c’est l’endroit où notre esprit vagabonde, et c’est peut-être là que circule le flux de notre conscience ; c’est le chef d’orchestre du cerveau, le responsable de notre mémoire autobiographique et donc de notre identité. Il semblerait que lorsque l’activité du MPD diminue rapidement, l’ego disparaît provisoirement et que les frontières habituelles entre le moi et le monde, entre le sujet et l’objet, s’effacent. Notre sens de l’individualité et de la dualité pourrait n’être qu’une construction mentale, comme le pensent les bouddhistes. La conscience survit cependant à la disparition du moi. L’expérience mystique n’est peut-être que ce qu’on ressent quand le réseau cérébral du MPD est désactivé. Carhart-Harris pense que les psychédéliques desserrent le lien entre le cerveau et la perception du monde en le rendant plus instable. La confiance du cerveau dans son expérience de la réalité s’effondre et cela permet à davantage d’informations du monde extérieur de passer à travers le filtre. Le cerveau essaye malgré tout de donner du sens à ce qu’il enregistre. Il essaye surtout de réduire l’incertitude et le désordre (l’entropie) favorisés par les psychédé-liques.

    L’équipe de Carhart-Harris a montré, sur la base de l’imagerie magnétique de l’encéphale, qu’une fois que le MPD est mis hors service, les connexions se multiplient avec des régions cérébrales éloignées qui ne communiquaient que très peu dans un état de conscience ordinaire. L’entropie cérébrale fournit une diversité de matériaux bruts à partir desquels on peut résoudre des problèmes et se montrer plus créatif.

    De son côté, Alison Gopnik observe que la conscience de l’enfant est celle d’un cerveau entropique, un peu comme un cerveau sous LSD. On remarque toujours ce que l’enfant a de moins qu’un adulte au lieu de voir ce qu’il a de plus : cette fameuse conscience-lanterne expansive qui embrasse la totalité de l’environnement. « Chaque nouvelle génération d’enfants construit le genre de cerveau qui réussira le mieux dans le nouveau contexte où elle évolue, déclare la psychologue. C’est grâce à l’enfance que l’espèce injecte de l’entropie dans le système de l’évolution culturelle [peut-être faudrait-il parler plutôt de la Noosphère]. » Mais à l’adolescence, le cerveau canalise son  activité et réprime son entropie pour devenir une machine efficace, adaptée à une société rationnelle. Et c’est alors que le MPD prend le dessus, que l’ego gouverne la pensée et le comportement.

  • Mercure, Seigneur de Sagesse

    Dans les Stances de Dzyan, le Seigneur à la Face Lumineuse est le Soleil, et le Seigneur de Sagesse est Mercure, ou Budha pour les Hindous. Voyons quelles sont les significations astronomique et philosophique de Mercure.

    Astronomiquement, la planète Mercure reçoit du Soleil sept fois plus de lumière et de chaleur que la Terre, et même que la brillante Vénus, l’Etoile du Matin : « Sept fois plus il te sent… ». C’est la planète la plus proche du Soleil. Noyé la plupart du temps dans l’éclat du Soleil, Mercure est difficilement visible de la Terre. Ces réalités célestes étaient donc connues depuis la plus lointaine Antiquité.

    Philosophiquement, Mercure est considéré comme le messager des dieux en raison de la rapidité de la planète. Sa mission consiste donc à relier l’humanité à la divinité. Il est aussi le dieu des voyageurs, des commerçants et des voleurs. C’est un dieu psychopompe qui conduit aux Enfers les âmes des défunts. Symbole de mobilité, il est représenté avec des ailes aux pieds. Fils de Jupiter/Zeus, le Mercure romain est confondu avec l’Hermès grec. Sa fonction de psychopompe le fait assimiler à Anubis, le dieu à tête de chacal, sous la dynastie des Ptolémée (-323), sous le nom d’Hermanubis. En Gaule romaine, il est l’équivalent du dieu celtique Lug, et du dieu Odin ou Wotan dans la mythologie germanique, où il est le dieu des morts, de la victoire et du savoir ; sa mobilité est décuplée par un cheval à huit pattes.

    Toutes ces explications plongeaient Alice dans la confusion. Il lui semblait que Mercure effectuait des voyages dans l’Espace (d’une planète à l’autre) et dans le Temps (du royaume des vivants au royaume des morts), et elle se demandait si cette mobilité n’était pas une caractéristique de l’Intelligence, caractéristique qu’il tenait du Soleil et qu’il avait transférée à l’humanité.

    L’Ancien Commentaire qui accompagne les Stances de Dzyan affirme que les sept grandes Races humaines de la Terre reçoivent la lumière et la vie des sept Esprits Planétaires : la première est née sous le Soleil ; la deuxième sous Jupiter ; la troisième sous Mars et sous Vénus, signe de la différenciation des sexes dans la troisième humanité ; la quatrième sous Soma, la Lune, et sous Saturne (rappelons que la Lune a transféré tous ses principes à la Terre, et que Saturne est le dieu du Temps) ; la cinquième (notre Race) sous Mercure. Le Commentaire ajoute qu’il en est de même pour chaque principe de l’Homme septénaire, qui reçoit sa force d’un Esprit Planétaire ; Alice reconnaît là la base de l’Astrologie.

  • L’avenir selon Sri Aurobindo

    Sri Aurobindo pressentait une mutation de l’espèce humaine dans un monde radicalement nouveau. La clé de cette mutation se trouvait dans le corps humain, si imparfait face à la maladie, au vieillissement et à la mort. « Cette imperfection même, assure Sri Aurobindo, recèle l’élan vers une perfection plus haute et plus complète. Elle contient l’ultime fini, qui pourtant aspire au Suprême Infini. Dieu est enfermé dans la boue… mais le fait même de cet emprisonnement impose la nécessité de faire un trou dans la prison. »

    Un être gnostique

    Par opposition à notre être mental actuel, caractérisé par l’Ignorance et par l’Inconscience, notre être supramental à venir sera un être gnostique, c’est-à-dire un Connaissant. Le saut évolutif permettant de passer d’un stade à l’autre sera le résultat de deux mouvements : celui du Pouvoir caché involué dans l’Inconscience, et celui de ce même Pouvoir déjà réalisé dans le domaine supérieur. Pour les lecteurs éduqués dans le christianisme, l’image des « langues de feu » se posant sur la tête des apôtres le jour de la Pentecôte symbolise ce Pouvoir venu d’en-haut.

    Dans La Vie divine, Sri Aurobindo précise d’abord qu’il n’y aura pas qu’un seul type d’homme, au contraire, « il y aurait une infinie diversité dans la manifestation de la conscience gnostique, et cependant cette conscience garderait une base et une constitution uniques. » En effet, tous les êtres gnostiques seront animés par une conscience supramentale, une conscience qui unifie et harmonise tout en acceptant les contradictions et les discordes, car elle sait que les voies divergentes finissent par ramener à l’unité. Pour reprendre une illustration dans la vie religieuse, pensons que le mouvement œcuménique vise à atteindre la Divinité par des doctrines aussi différentes que celles du protestantisme, de l’église orthodoxe et de l’église catholique romaine.

    Comme Helena Blavatsky qui prédit la venue d’une Sixième Race-Racine, Sri Aurobindo ne craint pas d’évoquer l’émergence d’une « race supramentale », dont la deuxième caractéristique serait la cohérence : « L’individu gnostique sera le couronnement de l’homme spirituel ; son mode d’être, de penser, de vivre, d’agir, sera tout entier gouverné par le pouvoir d’une vaste spiritualité universelle. » Autant dire qu’il n’y aura plus de contradictions entre le corps physique, le corps émotionnel, le corps mental et le corps psychique, contradictions qui sont souvent, dans la vie actuelle, sources de grandes souffrances. Plus de contradictions non plus entre l’individu et la totalité de la Nature, mais bien une harmonie fondamentale. L’être gnostique ayant dominé sa personnalité, il ne  cherchera plus ni à dominer le monde, ni à s’y soumettre : « Il connaîtra les forces cosmiques, leur mouvement et leur signification comme une partie de lui-même. »

    Ne perdons pas de vue que l’évolution décrite par Sri Aurobindo est une évolution de l’intelligence humaine, et qui dit intelligence dit relation, accord, capacité de voir les liens entre les choses. La conscience supramentale possédera cette vérité des relations, elle aura le pouvoir d’agir sur l’Ignorance qui a régi notre monde jusqu’à présent. Elle sera fécondée par l’intelligence émotionnelle, qui selon Daniel Goleman inclut la maîtrise de soi, l’empathie (source de l’altruisme), l’ardeur et la persévérance, ainsi que la faculté de s’inciter soi-même à l’action.

    Des caractéristiques précédentes – diversité, cohérence, harmonie, intelligence supérieure – résultera une joie d’être, une joie cosmique sans commune mesure avec ce que nous appelons le bonheur, et cette joie sera communicative. L’action désintéressée est en effet une autre caractéristique de l’être gnostique : sans chercher à récolter les fruits de son travail, il trouvera sa joie dans le travail lui-même.

    Une société gnostique

    Le dernier chapitre de La Vie divine ébauche la description d’une société gnostique et des moyens de la construire. Dans la vie actuelle, l’homme semble être le produit du monde : tout ce que nous respirons, mangeons, buvons, construit notre corps physique ; tout ce que nous apprenons, lisons, discutons, transmettons, construit notre corps mental et sentimental. Mais dans une société spirituelle, c’est l’être humain qui se crée et qui crée son environnement, « pour en faire quelque chose de nouveau, d’harmonieux, de parfait ». La vie intérieure prend alors une importance primordiale. Elle initie un processus de transformation visant à rendre plus parfaits ces instruments que sont nos pensées, nos sentiments et nos actions. L’éducation, l’observance des lois de la société ne suffisent pas à opérer cette transformation : la croissance ne peut venir du dehors, elle doit venir de l’être intérieur. La première étape consiste à devenir pleinement conscient de soi-même, conscient de sa force et de son pouvoir, conscient de la joie d’être. Or la plénitude de l’être est éternité ; il s’agit donc de faire éclater le cadre physique et temporel dans lequel s’exerce notre perception, de transcender la conscience du corps et de dépasser l’inévitable transition de la mort. La plénitude de l’être est aussi universalité ; il s’agit alors de dépasser les limites mentales individuelles et d’entrer dans le mental universel. Le « Connais-toi toi-même » de Socrate ne peut se réaliser que dans le silence intérieur. Or notre être mental déteste le silence, qu’il assimile au vide, à l’extinction ou à la non-existence. Mais ce passage par le silence est nécessaire pour que l’esprit se vide de son contenu bourbeux et s’ouvre à une existence supérieure. « C’est une plongée dans l’indicible supraconscience de l’Absolu ».

    On a du mal à l’imaginer : la vie sociale des êtres gnostiques sera fondée non sur les sentiments superficiels d’amour et de sympathie que nous éprouvons à présent, mais sur la conscience d’une profonde unité, sur la connaissance intime du moi d’autrui. Il n’y aura pas d’ego séparateur prenant des initiatives malheureuses, chacun agira « pour le Divin en autrui et le Divin en tout ».

    La Vie divine signifie l’accomplissement de la perfection individuelle et la plénitude intérieure de l’être. Construire une société gnostique exige l’apparition d’individus évolués agissant sur la masse non évoluée, mais aussi d’un grand nombre d’individus gnostiques formant une nouvelle vie commune. Sri Aurobindo prévoit plusieurs communautés gnostiques, chacune incarnant une façon d’être de l’esprit, mais il n’y aura aucune discorde entre ces diverses communautés. A l’intérieur de chaque communauté seront réunis différents stades de l’être gnostique en évolution et tous ces concitoyens vivront en bonne intelligence.

  • L’évolution du mental selon Sri Aurobindo

    Sri Aurobindo relie les sept états de conscience aux sept chakras situés le long de la colonne vertébrale :

    1. le Supraconscient : centre coronal, au-dessus du sommet de la tête
    2. le Mental, agissant par deux centres : le centre ajna, entre les sourcils ; le centre de la gorge
    3. le Vital, agissant par trois centres : le centre du cœur, le plexus solaire, le centre sacré
    4. le Subconscient et la Conscience physique : le centre racine, au bas de la colonne vertébrale.

    Au total, Sri Aurobindo distingue sept centres. Le mental agissant par le centre de la gorge et le centre ajna est destiné à s’élever jusqu’au centre coronal, évoluant alors en « supraconscient ».

    En vrai philosophe, Sri Aurobindo ne s’embarrasse pas d’ères géologiques pour imaginer ce que fut l’évolution humaine : « Une évolution spirituelle, une évolution de la conscience dans la Matière, assumant des formes en constant développement, jusqu’à ce que la forme puisse révéler l’Esprit qui l’habite ». Pour lui, peu importe que les anthropologues retrouvent ou non les fossiles de ces « formes en constant développement », ce qui compte, c’est de décrire le processus évolutif sur une base rationnelle. Il tient pour acquis que la conscience a précédé la forme et qu’elle s’est cachée, involuée, dans les premières formes humaines. Cette conscience s’est déployée très progressivement, tandis que la matière dans laquelle elle se dissimulait s’est développée elle aussi afin de lui fournir les organes nécessaires à sa manifestation. Il existe donc un double mouvement dans l’évolution :

    • un mouvement d’évolution physique qui se reproduit par hérédité.
    • un mouvement invisible d’évolution psychique, qui utilise la renaissance pour assurer l’évolution de l’âme dans la forme, chaque vie étant ainsi « un pas de plus vers la victoire sur la Matière ».

    Finalement, la Conscience-Force libère la conscience secrète involuée dans la Matière. Lentement, par de faibles vibrations, cette conscience se dégage de l’inconscience et parvient à la surface, d’abord dans des formes inertes, éléments chimiques, pierres, métaux, puis dans la matière vivante. C’est une conscience rudimentaire qui apparaît dans les végétaux : orientation vers la lumière, modification de la forme en cas d’agression, échange de signaux chimiques ou électriques, capacité d’adaptation à l’environnement… Chez les animaux, on observe un instinct à demi subconscient dans les réactions à la souffrance et au plaisir, la perception des relations entre soi et l’environnement, la résolution de problèmes concrets, la réaction à des signaux visuels et auditifs, pour certains la reconnaissance de leur image dans un miroir, l’échange par le langage… L’espèce humaine produit un être mental doué de raison, mais cet être subit toujours « l’attraction vers le bas, vers l’Inertie et la Nescience originelles », il est soumis à la domination de la Nature matérielle.

    On a donc trois grands échelons dans l’évolution : la Matière, la Vie, le Mental.

    L’homme est-il le sommet de l’évolution ? Pour Sri Aurobindo, l’évolution mentale se poursuit, s’appuyant sur le développement du cerveau et du système nerveux, jusqu’à un quatrième échelon, le Supramental, dont la manifestation constituerait une révolution comparable à celle de l’émergence du Mental dans le vivant.

    Notre ascension vers le Supramental se fera en cinq étapes, dans lesquelles le Lecteur Attentif reconnaîtra certains états prophétiques .

    1. Le mental supérieur : c’est un mental de connaissance conceptuelle capable d’embrasser le réel d’un seul regard, sans avoir besoin de passer par les ratiocinations du mental ordinaire, ni par le déroulement logique des idées, ni par les mécanismes d’induction et de déduction. Mais ce n’est pas une divination ni une vision intérieure, c’est une connaissance qui vient d’une conscience totale, une révélation de l’Eternelle Sagesse. Ce premier échelon est peut-être celui où se situe le prophète Isaïe., quand il prédit la naissance de l’Emmanuel et le règne du roi David. Le mental supérieur est appelé à s’élargir constamment, à englober une réalité de plus en plus vaste. Il cherche à pénétrer dans la volonté, le cœur et les sentiments, la vie et le corps, de façon à les transformer. « L’énergie suit la pensée », dit souvent le Maître tibétain Djwal Khool, et cet axiome s’applique parfaitement au mental supérieur. Il existe évidemment des obstacles à la descente de cette force mentale dans la vie humaine, laquelle est toujours dominée par l’Inconscience et par l’Ignorance, mais on peut les résoudre en pacifiant et en imposant le silence à notre personnalité.
    2. Le mental illuminé, mental de lumière spirituelle : « Une scintillation d’éclairs de vérité et de puissance spirituelles qui fait irruption dans la conscience ». C’est un état caractérisé par la paix de l’esprit, une aspiration ardente et l’extase de la connaissance. Dans cette lumière apparaissent des visions qui révèlent en un instant une perception globale de la vérité, sans qu’il soit nécessaire de passer par la pensée ; « la conscience du voyant a un plus grand pouvoir de connaissance que la conscience du penseur. » Le mental illuminé s’accompagne d’un enthousiasme (émotion vive et joyeuse, transport divin comme chez les prophètes Ezéchiel et Daniel) qui touche à la fois le cœur, les sentiments, la force vitale et l’action, allant jusqu’à illuminer les cellules du corps – comme dans la transfiguration de Jésus.
    3. Le mental intuitif : c’est le mental proche de la connaissance originelle par identité : dès l’origine, nous connaissons ce qui nous ressemble, parce que nous sommes dans le grand Tout, mais nous l’oublions quand le mental séparateur fait de nous des individus différents. Cette connaissance jaillit comme une étincelle de la rencontre du sujet et de l’objet (vivant ou non). Ou bien la conscience regarde en elle-même et prend contact avec les forces cachées derrière les apparences. Cette perception est plus qu’une vision et plus que la formulation d’une idée, c’est la réminiscence d’une vérité cachée, un souvenir flamboyant qui s’exprime soudainement au milieu de l’ignorance. Mais l’homme qui perçoit ainsi un message de l’intuition doute souvent de son authenticité et fait appel à sa raison pour distinguer le vrai du faux, l’intuition authentique et la communication avec d’autres sources de pensée ; pourtant, à ce niveau, la raison est inopérante. L’homme qui doute doit se fier au dernier des quatre pouvoirs de l’intuition, qui sont : un pouvoir de vision révélatrice de la vérité (comme les visions prophétiques) ; un pouvoir d’inspiration ou d’audition de la vérité (comme quand « la voix de Dieu » se fait entendre du haut du ciel) ; un pouvoir de saisir immédiatement sa signification (comme dans l’interprétation des rêves de Nabuchodonosor) ; un pouvoir de discerner vraiment le rapport exact des vérités entre elles. Ainsi l’intuition peut-elle accomplir toutes les tâches de la raison. Elle peut même imprégner le subconscient et pénétrer l’obscurité de l’Inconscience.
    4. Le Surmental : c’est un pouvoir de conscience cosmique, un principe de connaissance globale, une expansion de conscience dans toutes les directions. Mais cette nouvelle compréhension n’est possible que pour l’homme qui a remplacé le mental de surface (l’intelligence de la personnalité) par la perception de l’être intérieur : il ne pense plus en tant qu’individu séparé des autres créatures, mais bien en tant que « Moi cosmique », sans pour autant gommer sa personnalité. Cette expansion de conscience lui permet de s’identifier à tout, aux êtres et aux choses, aux pensées et aux sentiments des autres (comme Bouddha qui éprouve de la compassion pour tous les êtres sensibles, comme Jésus qui ressent en lui la douleur de Marthe et de Marie lors de la mort de leur frère Lazare). Toutes les expériences spirituelles précédentes sont intégrées et élargies : intuition, vision, pensée illuminée. L’homme qui vit dans le Surmental est celui qui se dépasse lui-même par l’amour, par l’héroïsme, par l’intensité de sa foi ou de sa créativité, et il en ressent une joie de vivre plus intense. Selon Satprem, ce serait le propre des fondateurs des grandes religions et des vrais créateurs artistiques, chacun exprimant la vérité perçue selon sa personnalité : Moïse exprime la Loi, Bouddha la cessation de la souffrance, Zarathoustra l’opposition entre le Bien et le Mal, Jésus l’Amour, Muhammad la soumission à la Volonté d’un Dieu unique, etc. Mais s’il est le sommet du développement mental, le Surmental n’est pas encore le terme de l’évolution : il faut entrer dans la Transcendance via le Supramental pour pouvoir transformer l’Inconscience et ne plus subir son attraction vers l’obscurité de la Matière.
    5. Le Supramental est le stade de la Vie Divine qui transforme complètement l’être humain et déverse dans sa nature la connaissance et la puissance parfaites. Ce n’est pas un Surmental plus développé, c’est un niveau d’existence au-delà du Mental, de la Vie et de la Matière, une conscience délivrée à jamais de l’Ignorance. Sri Aurobindo appelle cet homme nouveau « l’être gnostique » pour bien montrer qu’il s’agit d’un être de Connaissance et non plus d’un être d’Ignorance comme aux stades précédents.

  • Le mental dans la Doctrine Secrète

    Selon les enseignements védantins et bouddhistes, les principes humains sont :

    1. Atmâ : l’Esprit qui fait Un avec l’Absolu, dont il est le rayonnement
    2. Buddhi : l’âme spirituelle, le véhicule de l’esprit pur et universel
    3. Manas : le mental humain supérieur illuminé qui relie la Monade à l’homme mortel
    4. Kâma Rupa : le véhicule des désirs et des passions animales
    5. Prâna : le principe vital
    6. Linga Sharira : le corps astral ou « double » éthérique
    7. Sthula Sharira : le corps physique.

    Ces sept principes obéissent à la loi qui fait descendre l’Esprit (Atmâ) dans la Matière (le corps physique). Le but de l’évolution est de faire remonter l’âme vers l’Esprit. Kâma Rupa, le corps des sentiments, et Manas, le corps mental, constituent le pont par lequel s’effectue cette remontée.

    La nomenclature védantine a subi bien des modifications au cours des âges. Depuis la doctrine hindoue, les Egyptiens, les Chaldéens, les Grecs Platon et Aristote, la tradition hermétique, les Néoplatoniciens, les Gnostiques, les Spirites et les Occultistes, ont donné leur propre vision de la constitution de l’homme. Le corps astral, entre autres, est soit confondu avec le corps éthérique, soit défini comme le véhicule des émotions et des sentiments, donc proche du Kâma Rupa. Pour le Maître Djwal Khool, le Kâma Rupa représente le Mental inférieur et le Manas le Mental supérieur.

    Si l’on part du corps physique, il est intéressant d’observer que du principe vital émerge le véhicule des désirs, et que dans celui-ci se forme le mental, comme si chaque « enveloppe » donnait naissance à un nouveau véhicule, toujours plus lumineux.

    Le 2e tome de la Doctrine Secrète, centré sur l’Anthropogenèse, nous donne un aperçu du développement mental au cours des cinq Races-Racines. C’est au cours de la 4e Race, celle des Atlantes, que nous voyons émerger un intellect un peu semblable à celui de la 5e Race, la nôtre : les Sura (les dieux) deviennent des Asura (des non-dieux), chargés de canaliser l’Ame universelle et immortelle en un Soi singulier et mortel ; ce sont eux qui lient l’âme au corps. Ce faisant, ils emprisonnent l’âme, mais ils lui montrent aussi le chemin pour retrouver son identité divine.

    La Stance X dépeint des géants qui se prennent pour des dieux, pratiquent la sorcellerie et construisent la fameuse Tour de Babel. Le mental inférieur, ou mental concret, est donc bien développé, mais le mental supérieur, ou mental abstrait, ne suit pas le même rythme, d’où les erreurs d’appréciation qui mènent les hommes dans des impasses. A titre d’exemple, intéressons-nous à l’histoire de l’intelligence intuitive.

    Sloka 42

    « Ils élevèrent des temples pour le corps humain. Ils adorèrent les mâles et les femelles. Alors le Troisième Œil cessa de fonctionner. »

    On comprend que les hommes de la Quatrième Race s’émerveillèrent devant la beauté des nouveaux corps denses, mais ce culte dégénéra en phallisme et en culte sexuel. Leur science était innée puisqu’ils vivaient en communion avec tous les êtres. « Ils commandaient aux éléments, connaissaient les secrets du Ciel et de la Terre, ceux de la mer et du monde entier, et lisaient l’avenir dans les étoiles… Tous ces êtres ont pour caractéristique la magie et la sorcellerie », écrit l’archéologue et philologue  Georg-Friedrich Creuzer (1771-1858). Cependant, à mesure que le temps passait et qu’ils s’enfonçaient dans la matière, le souvenir de leurs connaissances s’estompait et leur étincelle de divinité s’affaiblissait ; on peut donc les excuser d’avoir adoré « des mâles et des femelles », d’autant plus qu’ils ne se livraient plus à des ébats contre-nature, comme leurs ancêtres Lémuriens. Sans doute avaient-ils observé que la stérilité était le seul résultat de ces accouplements.

    Expliquons maintenant le phénomène du Troisième Œil. La mythologie grecque décrit les Cyclopes, des géants pourvus d’un œil unique au milieu du front. Ils sont forgerons, bâtisseurs de cités cyclopéennes  comme Thyrinthe, ville natale d’Héraclès/Hercule, ou pasteurs comme Polyphème. Mais il se pourrait que la Quatrième Race primitive ait été pourvue de trois yeux avant que le corps humain ne devînt parfait et symétrique. Les Occultistes croient que l’involution spirituelle et psychique va de pair avec l’évolution physique, autrement dit que les sens internes des premières races humaines s’atrophièrent au cours du développement des sens externes. Les Atlantéens suppléèrent à la perte du Troisième Œil, qui se pétrifiait progressivement, en réveillant la vision interne par l’usage de stimulants artificiels. L’œil s’enfonça profondément dans la tête, mais durant la transe et les visions spirituelles, son reliquat, la glande pinéale, se gonflait et se dilatait. C’est une petite glande endocrine (appelée aussi épiphyse) de l’épithalamus du cerveau des vertébrés ; elle sécrète la mélatonine et joue donc un rôle central dans la régulation des rythmes biologiques, comme l’alternance de la veille et du sommeil. L’anatomie et l’embryologie comparées montrent que certains neurones de la glande pinéale ont la même origine évolutionnaire que les photorécepteurs de la rétine.

    Chez certains reptiles et oiseaux, elle se situe juste sous la surface du crâne, et c’est là qu’elle capte l’intensité lumineuse du monde extérieur, permettant ainsi d’ajuster le rythme circadien de l’animal : elle serait en quelque sorte le troisième œil des vertébrés primitifs. « Il y a des taupes et des mulots aveugles, écrit Haeckel, des serpents et des lézards aveugles… Ils fuient la lumière du jour et habitent sous terre. Ils n’étaient pas aveugles à l’origine, mais avaient évolué au sein d’ancêtres qui vivaient au grand jour et avaient les yeux bien développés. » (Haeckel, Pedigree of Man, 1874).

    Outre la mélatonine, la glande pinéale produit naturellement une très petite quantité de diméthytryptamine – DMT en abrégé ; on peut augmenter sa concentration par l’apport de substances contenues dans différentes plantes, dont certaines entrent dans la composition de boissons hallucinogènes comme l’ayahuasca ou la poudre à priser yopo, utilisées lors de cérémonies chamaniques. Son usage pour ses propriétés psychotropes remonte à plusieurs millénaires. Dans les années 1980, les recherches du psychiatre américain Rick Strassman ont montré que la DMT, qui agit au cours de nos rêves mais aussi au moment de notre mort,  procure un effet hallucinogène quasi immédiat et de courte durée ainsi qu’une expérience de mort imminente dans certains cas. Strassman suggère que les expériences DMT ressemblent le plus à celles trouvées dans le modèle de prophétie de la Bible hébraïque. Est-ce qu’Isaïe se trouvait sous l’influence de la DMT quand il prédisait la débâcle du royaume d’Edom et la retraite de Lilith dans le désert ? Les sujets testés par Strassman font état d’images vivement colorées, de visions de créatures(elfes, anges, démons, esprits, extraterrestres, dragons, etc.), de rencontres divines ou de visions totalement psychédéliques

    L’embryologie nous montre que l’œil est  formé par le cerveau et le revêtement ectodermique : sur des embryons de quatre-vingt cinq heures on note la présence de plusieurs vésicules céphaliques ; les yeux, issus du diencéphale (partie du cerveau située entre les deux hémisphères, place de la glande pinéale), sont déjà bien développés. C’est exactement ce qu’affirme Helena Blavatsky : « L’œil de l’embryon humain se développe de l’intérieur à l’extérieur ». Et elle ajoute : « Le Troisième Œil se retira intérieurement  lorsqu’il eut achevé son cycle », soit vers la fin de la Quatrième Race. Mais l’avait-il vraiment achevé ? L’homme n’avait-il plus besoin de cet organe de la Connaissance intérieure ? Sans doute fallait-il qu’il utilisât ses yeux physiques pour élaborer un savoir relatif à la Matière, dans laquelle il s’enfonçait de plus en plus ; en effet, ce sont les hémisphères cérébraux qui se sont le plus développés, repoussant au centre la glande pinéale. Seuls les clairvoyants et les médiums peuvent encore l’utiliser. Descartes considérait la glande pinéale comme le siège de l’âme. Sans aller aussi loin, nous pouvons penser qu’un jour les humains retrouveront les pouvoirs éteints de la glande pinéale et poursuivront leur ascension vers la compréhension spirituelle de la vie et du monde.

    Cependant, malgré l’extinction du Troisième Œil, le mental concret ne cessa de se développer au cours de la Cinquième Race, qui généra sept Sous-Races. La cinquième Sous-Race, la nôtre, est dominée par les Anglo-Saxons et les Teutons, ancienne tribu d’Europe du Nord d’origine germanique ou celtique. Elle a vu s’épanouir toutes les sciences et les technologies qui caractérisent notre civilisation actuelle, signe de l’essor du mental concret.

    Avant elle, la première Sous-Race a prospéré en Asie centrale, dans des royaumes maintenant disparus, et dont les ruines existent encore dans l’Himalaya à travers le Tibet. La deuxième Sous-Race se développa en Inde et dans le sud de l’Asie. La troisième créa les puissantes civilisations de Babylone, de Chaldée, d’Egypte, la quatrième celles de la Grèce et de Rome. C’est l’Inde de la deuxième Sous-Race qui fut le berceau des Vedas, source inépuisable d’informations tant pour Sri Aurobindo que pour Blavatsky. Après cela, les messages du passé deviennent plus flous, plus colorés par les mythologies chaldéenne, égyptienne, grecque et romaine.

    Les cinq Sous-Races de la Cinquième Race illustrent avec panache le développement du mental concret, ce qui n’exclut pas, chez de nombreuses personnalités, une avancée vers le mental supérieur, Manas, avant-garde de la société spirituelle annoncée pour la sixième Sous-Race (voir Le temps dans la Doctrine Secrète).