Auteur : mnleloup

  • Le temps long des Brahmanes

    Dans toute son oeuvre, Helena Blavatsky revendique l’héritage de l’Inde ancienne : « L’Hindou Aryen appartient aux plus anciennes races qui sont actuellement sur la terre ; le Sémite Hébreu appartient à la plus récente. Le premier est âgé de près d’un million d’années ; le dernier constitue une petite sous-race âgée de quelque 8000 ans, pas davantage. » H.P.B. attribue la chronologie des Brahmanes à Asouramaya, « le plus grand des astronomes » et aussi « le plus puissant sorcier de l’Ile Blanche », c’est-à-dire de ce qu’il restait de l’Atlantide.

    Depuis le commencement de l’évolution cosmique (dans notre système solaire uniquement) jusqu’à l’année 1887, année de parution de la Doctrine Secrète, se sont écoulées 1 955 884 687 années. Le temps passé depuis la première apparition de l’humanité sur notre chaîne planétaire serait de 1 664 500 987 ans. Le nombre d’années écoulées depuis le Manvantara de Vaivasvata (l’équivalent de Noé) jusqu’à 1887 serait de 18 618 728. Helena Blavatsky explique que Vaivasvata Manu est l’unique être humain sauvé du déluge dans un navire (ou arche). Un Manvantara est une période de temps cyclique correspondant au règne d’un Manu, ancêtre de l’humanité. Nous sommes actuellement dans le septième Manvantara. Chaque Manvantara dure 306 720 000 ans et se compose de 71 cycles Yuga ou âges cycliques de 4 320 000 ans. Dans un Kalpa (ou jour de Brahma) qui dure 4,32 milliards d’années, on compte quatorze Manvantaras, chacun étant suivi d’un Sandhya ou intervalle d’une durée de 1 728 000 ans. On observe (façon de parler) un déluge au cours de chaque Manvantara-Sandhya.

    Ce portrait indien de Vaivasvata Manu nous le montre dans la gueule d’un poisson : il aurait été sauvé du déluge par l’avatar Matsya de Vishnu, sous forme d’un poisson qui l’a averti de la catastrophe et lui a ordonné de construire un bateau pour sauver sa famille et une variété d’animaux. 

    Le Scribe Mathématicien voyant à ses côtés le Lecteur Déconfit prend le parti de reproduire le tableau donné par Helena Blavatsky dans le premier tome de la Doctrine Secrète :

    360 jours des mortels font une année                                  1

    Le Krita Yuga contient                                            1 728 000

    Le Trêta Yuga contient                                           1 296 000

    Le Dvâpara Yuga contient                                         864 000

    Le Kali Yuga contient                                                432 000

    Le total de ces 4 Yugas constitue un Mahâ Yuga de       4 320 000

    71 de ces Mahâ Yuga forment un Manvantara, soit   306 720 000

    Les règnes des 14 Manus font 994 Mahâ Yugas :   4 294 080 000

    Les intervalles entre les règnes des Manus (Sandhis)   25 920 000

    Le total des règnes et interrègnes des 14 Manus = un Kalpa :                                                                                 4 320 000 000

    Un jour et une nuit de Brahma contiendraient           8 640 000 000

    360 jours et nuits = une année de Brahma      3 110 400 000 000

    100 années de Brahma = un Mahâ Kalpa :  311 040 000 000 000

    Chaque jour de Brahma représente la création d’un univers (à partir d’un Big Bang, dirions-nous au XXIe siècle) ; chaque nuit Brahma réintègre en lui cet univers sous forme de potentialité (ce serait un Big Crunch) : il y aurait donc une alternance d’évolutions et d’involutions dont nous ne voyons pas la fin. Pourtant, au terme de la vie de Brahma, l’univers se résorbera dans l’Esprit et un nouveau cycle démarrera avec un nouveau dieu créateur. Voilà ce qu’est la vie longue : un temps cyclique infini.

    Le Lecteur Intéressé pourra se référer au livre bientôt publié on line : Alice ou la vie longue, tome 1(la Cosmogenèse).

  • Journal de rêves

    Depuis l’été 1995, Alice tenait un journal de ses rêves éveillés, obtenus sous autohypnose. Josepha s’inquiétait de cette méthode susceptible de faire revivre des personnages du passé : « N’est-ce pas dangereux ? » écrivait-elle à son amie. Alice lui répondit :

    Pourquoi l’autohypnose serait-elle dangereuse ? C’est un état de conscience qui ne dépend que de toi, que tu diriges à ta guise et que tu arrêtes quand tu veux. J’ai commencé cela il y a 25 ans, quand je me posais tant de questions à propos de Shams et que j’ai voulu savoir d’où me venait cette attraction. Il faut dire que je venais de lire un livre très éclairant de Michael Talbot, L’Univers est un hologramme, que tu peux trouver en PDF sur Internet (mais lire un livre sur smartphone n’est pas très confortable !). Ce livre parlait entre autres de l’hypnose comme moyen de revivre des scènes passées ou de prévoir des scènes futures. J’ai essayé et peu à peu j’y suis arrivée. Il faut se plonger dans un état intermédiaire entre la veille et le sommeil, et bien souvent c’est le sommeil qui l’emporte !

    Si tu veux essayer, profite d’une heure calme où tu ne risques pas d’être dérangée. Couche-toi et couvre-toi, car ta température va baisser légèrement, comme quand tu dors. Pense à la personne que tu voudrais retrouver, ou à toi-même dans une autre vie, ou encore pose une question, par exemple : « Dans quelle vie ai-je été la plus heureuse ? Dans quelle vie ai-je connu Untel ? Dans quelle vie ai-je le plus appris ? » etc. Une musique douce, répétitive, peut aider (on en trouve beaucoup sur Internet). Respire plusieurs fois profondément, en ne pensant qu’à ta respiration, et visualise un escalier qui descend, descend, toujours plus profondément. Je sens sous mes paupières mes yeux qui se dirigent vers le bas. En fait, tout repose sur la visualisation : il faut laisser émerger les images, sans forcer, comme si elles sortaient naturellement d’une eau profonde. Parfois les images s’enchaînent et constituent une petite histoire, mais parfois une seule image occupe le devant de la scène.

    Essaye de sortir le plus lentement possible de cet état quand tu en as assez ou quand tu estimes avoir reçu une réponse suffisante à ta question. Vient alors le moment de l’interprétation, comme pour les rêves nocturnes. D’après les psychanalystes, le mieux est d’associer librement des mots, des phrases (souvent de la poésie ou une chanson) aux images-clés que tu viens de visualiser. Je m’aide souvent du Dictionnaire des symboles. Parfois, la signification des images saute aux yeux, parfois elle reste obscure ; elle apparaîtra plus tard. Je te conseille d’écrire ce que tu as vu, car comme les rêves, les visions hypnotiques s’effacent vite de notre mémoire.

    Mais Josepha se garda bien d’appliquer la méthode ! Sans doute fallait-il vivre certains événements déclenchant la recherche du passé, événements éblouissants ou douloureux, comme Alice l’avait expérimenté.

  • Les mythes de la création

    Les mythes de la création

    Si nous voulons percevoir l’origine de l’univers et son évolution, nous devons étudier les mythes qui, souvent dans un langage symbolique, ont tenté de nous les raconter.

    Une image de la Création est celle de l’Œuf primordial : en Inde, l’Œuf Cosmique couvé par l’oie Hamsa s’ouvre en deux moitiés qui prennent la forme du Ciel et de la Terre. En Grèce, l’œuf de Léda, séduite par Zeus changé en cygne, donne naissance aux deux Dioscures – Castor et Pollux chez les Romains. En Chine, un dieu nommé Pangu, né dans un œuf, le brise en deux moitiés destinées à devenir Ciel et Terre, comme en Inde. En Egypte, on trouve le même mythe à propos de Rê (dieu solaire) et plus tard de Thot (dieu de la Sagesse à tête d’Ibis). L’Œuf Cosmique apparaît aussi chez les Dogons et les Bambaras du Mali. Dans la mythologie finnoise, le monde est constitué à partir des fragments d’un œuf déposé par un canard sur les genoux de la déesse de l’Air. Voici une représentations de l’OEuf cosmique, simplifiée dans l’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue :

    Divers peuples aborigènes d’Australie font remonter leurs origines à une grande inondation qui aurait submergé la civilisation antérieure, ce qui semble correspondre à des événements réels survenus après la dernière période glaciaire. L’archipel australien des îles Tiwi fut séparé du continent pendant le « Temps du Rêve », une période où tout n’était que spirituel et immatériel et qui précéda la Création, effectuée par un serpent gigantesque. Ce Temps du Rêve existe toujours et permet de communiquer avec les esprits et de déchiffrer le sens des mauvais présages.

    L’image du Serpent Primordial apparaît dans de nombreuses mythologies. Dans l’hindouisme, le dieu Vishnou repose sur le Serpent cosmique Ananta, « sans fin », flottant sur l’océan des origines. Il est le porteur du monde et assure sa stabilité, soit en le supportant, soit en s’enroulant autour de lui pour empêcher sa désintégration. Ainsi, Ouroboros, le Serpent qui se mord la queue, est un symbole très ancien qu’on rencontre sur tous les continents ; entourant tout le monde existant, il représente un cycle d’évolution, le Temps et l’Eternité.

    Dans la mythologie nordique, un serpent ronge en permanence les racines du frêne Yggdrasil, l’Arbre-Monde, et au Mexique, Quetzalcoatl, le Serpent à plumes, transporte la déesse de la Terre « depuis les cieux jusqu’en bas », puis il récupère les os humains des créations précédentes pour en faire de nouveaux hommes qui habiteront sur la Terre.

    Les mythologies indo-européennes présentent souvent un premier couple humain, comme celui d’Adam et Eve : Yama et sa sœur Yami dans les Védas, Masya et Masyanag, nés d’une tige de rhubarbe en Perse, Ask et Embla, bâtis à partir du bois d’un frêne en Islande.

    Si chaque mythe est une page d’histoire, comme le suggère Mircéa Eliade, il faudrait recomposer l’histoire de l’homme en assemblant tous ces fragments dans un ordre qui ne contredit pas les données de la science. Ici, le Lecteur Déconfit hausse tristement les épaules, manifestement dépassé par la tâche. Le Scribe Circonspect lui propose de se référer à la tradition occulte qui, au-delà des mythes, a le mérite de présenter un récit cohérent.

  • Le regard de la science

    La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle sont marqués par le triomphe de la science, qui s’exprime dans la doctrine du scientisme : pour les « savants » du XIXe siècle, la science expérimentale est la seule source fiable de savoir sur le monde, par opposition aux révélations religieuses, aux superstitions, aux traditions et à toute autre forme de savoir ; le scientisme engendre la croyance que la science résoudra tous les problèmes, et culmine en philosophie avec le positivisme d’Auguste Comte, qui rejette toute connaissance non vérifiable par les organes des sens.

    Le Lecteur Clairvoyant comprend immédiatement que ce contexte culturel ne peut qu’être hostile à Helena Blavatsky, à ses Maîtres venus d’ailleurs et à ses phénomènes paranormaux. Celle-ci apprécie cependant les avancées de la science qui repositionnent l’être humain dans « une vie longue », bien plus longue que les théories créationnistes ne le laissaient supposer. N’oublions pas que la plupart des érudits du XIXe siècle croyaient encore, selon la Bible, que notre terre n’était âgée que de six mille ans !

    Grâce aux progrès de l’édition, les scientifiques de tout bord se font connaître de leurs pairs et se professionnalisent au sein des universités, académies, laboratoires de recherche, sociétés savantes, si bien qu’ Helena a affaire à de véritables institutions scientifiques, fortes de leur savoir tout neuf, et peu disposées à le remettre en question à la lumière d’une soi-disant Sagesse éternelle.

    Les sciences de la terre (géologie, physique, chimie) contribuent considérablement à l’étude du passé, et notamment de la Préhistoire, grâce à la méthode de datation des différentes strates géologiques. C’est une fameuse avancée vers la connaissance de la vie longue !

    Parallèlement, les naturalistes étudient l’évolution du vivant. La plupart des scientifiques du XIXe siècle sont marqués par l’étude de la Bible qui leur impose non seulement une chronologie étroite, mais aussi une vision étriquée de l’humanité issue du seul couple d’Adam et Eve – couple de race blanche, évidemment. Il existe d’ailleurs en Grande-Bretagne une tradition de « pasteurs-naturalistes », tout entiers dévoués à la mission d’harmoniser la science et la foi. Adam Sedgwick appartient à cette confrérie, et son étudiant Charles Darwin aspire à y entrer jusqu’à ce qu’il devine que la nature, loin d’avoir été créée par Dieu en sept jours, a évolué lentement au cours des millénaires.

    Au terme d’un long voyage sur le Beagle, qui le mène en Amérique du Sud, en Australie et en Afrique, Darwin émet l’idée que les individus ayant les traits les plus adaptés à leur environnement vivent assez longtemps pour se reproduire et transmettre ces traits désirables à leur progéniture. Au fil du temps, seuls les traits les plus adaptés de l’espèce ont survécu. L’Origine des espèces paraît en 1859. Le livre connaît un succès immédiat, mais suscite aussi des oppositions : Adam Sedgwick, par exemple, n’acceptera jamais la théorie de l’évolution. En effet, le cadre théorique qui avait prévalu pendant des siècles tombe en poussière, puisque Dieu n’est plus le garant de l’ordre du monde : c’est l’évolution par la sélection naturelle qui explique l’adaptation des végétaux et des animaux à leur environnement.

    Entre temps, un autre chercheur aux multiples casquettes, Alfred Wallace (1823-1913), naturaliste,  explorateur, géographe, anthropologue, biologiste et illustrateur, conçoit indépendamment la théorie de l’évolution par la sélection naturelle. Comme Darwin, il a passé plusieurs années au Brésil et dans l’archipel malais à collecter des spécimens dont plusieurs milliers sont des espèces nouvelles pour la science. Il en induit l’idée de la transmutation des espèces et l’explique par la sélection naturelle. En 1858, il écrit un article sur le sujet, qui sera publié conjointement à celui de Charles Darwin la même année.

    Qu’est-ce qui distingue leurs visions des choses ? Darwin insiste sur la concurrence entre les individus de la même espèce pour survivre et se reproduire ; Wallace met l’accent sur les pressions environnementales qui poussent les variétés et les espèces à s’adapter aux conditions locales, ce qui explique les différences entre populations animales ou végétales de zones géographiques différentes. Voici leurs portraits :

    En 1871, Darwin publie La descendance de l’homme et la sélection en fonction du sexe, ouvrage bien plus sulfureux que L’Origine des espèces, puisqu’il applique la théorie à l’évolution humaine. Darwin présente ainsi son objectif : « Le seul objet de cet ouvrage est de considérer, premièrement, si l’homme, comme toutes les autres espèces, est issu d’une forme préexistante ; deuxièmement, le mode de son développement ; et troisièmement, la valeur des différences entre les races appelées humaines. » Il commence par montrer à quel point l’être humain ressemble aux autres animaux : similitudes anatomiques, embryologie, organes rudimentaires qui ont été probablement utiles dans des formes antérieures ; puis il affirme que les traits de caractère humains sont hérités de la même manière que les caractéristiques physiques ; il montre ensuite que certaines capacités mentales humaines existent aussi chez certains animaux, comme les singes et les chiens, et conclut que les différences entre les deux espèces sont plutôt une question de degrés que de nature.

    De telles thèses ne pouvaient que susciter de vives polémiques, dont la question de savoir si les facultés mentales avaient pu passer du singe le plus intelligent à l’homme. L’écart entre les deux semblait trop grand, et même le plus proche collègue de Darwin, Alfred Wallace, pensait que l’esprit humain était trop complexe pour avoir jailli d’un cerveau animal et que la sélection naturelle ne suffisait pas à expliquer l’évolution de capacités telles que l’art, l’humour, la morale ou les mathématiques, car ces capacités ne procurent pas d’avantage dans la lutte pour la survie.

    Darwin le matérialiste et Wallace le spiritualiste s’éloignent l’un de l’autre. Darwin est devenu agnostique. Wallace soutient que « quelque chose dans l’univers invisible de l’Esprit » est intervenu au moins trois fois dans l’histoire : lors de la création de la vie à partir de matière inorganique, lors de l’introduction de la conscience chez les animaux supérieurs, et lors de la génération des facultés mentales supérieures de l’humanité. Il croit aussi que la raison d’être de l’univers est le développement de l’esprit humain. Soixante années plus tard, Sri Aurobindo développera les mêmes idées.

    Helena Blavatsky, elle, s’oppose aux thèses de Darwin. Dans le tome 4 de La Doctrine Secrète, elle affirme clairement que « l’anatomie comparée de l’homme et de l’anthropoïde ne confirme en aucune façon le darwinisme. » » Elle cite Thomas Henry Huxley dans La place de l’Homme dans la Nature  : « Chaque os d’un gorille porte des signes distinctifs qui permettent de le différencier de l’os humain correspondant. » En effet, la similitude des deux espèces est loin d’être parfaite ; de plus, on n’a jamais retrouvé le « chaînon manquant », c’est-à-dire la forme transitionnelle entre le singe et l’être humain. La comparaison des crânes n’est pas convaincante, puisque l’évolution des cerveaux au cours de la vie se fait en sens inverse : le jeune anthropoïde est plus intelligent dans son enfance, puis son cerveau recule et diminue, alors que le jeune humain ne cesse de développer son intellect. Nous verrons plus loin, dans la section Anthropogenèse de La Doctrine Secrète, comment Helena Blavatsky explique l’apparition du mental dans l’être humain.

  • Un autre chercheur sur les traces de l’évolution

    Né à Calcutta en 1872, Aurobindo Ghose, comme Helena Blavatsky, subit la fascination des anciens textes de l’hindouisme, mais il se distingue d’elle en adoptant la voie de la philosophie spirituelle, avec un mode d’expression plus ordonné et plus abstrait.

    Persuadé que la culture britannique était supérieure à la culture indienne, le père Ghose envoie ses aînés faire leurs études en Angleterre. Aurobindo quitte l’Angleterre en 1893. Il déclarera plus tard avoir ressenti un vaste sentiment de calme lorsqu’il a débarqué dans son pays natal. Il ne savait rien du yoga à cette époque. Il commence à le pratiquer sans professeur. En 1909, il rencontre un yogi, Vishnu Bhaskar Lele, qui lui apprend à méditer :

    J’ai une grande dette envers Lele pour m’avoir montré ce mécanisme : « Asseyez-vous en méditation, me dit-il, mais ne pensez pas, regardez seulement votre mental ; vous verrez les pensées entrer dedans. Avant qu’elles ne puissent entrer, rejetez-les, et continuez jusqu’à ce que votre mental soit capable de silence complet. » […] Simplement je m’assis et fis comme il m’était dit. En un instant, mon mental devint silencieux comme l’air sans un souffle au sommet d’une haute montagne, puis je vis une, deux pensées venir d’une façon tout à fait concrète, du dehors. Je les rejetai avant qu’elles ne puissent entrer et s’imposer à mon cerveau. En trois jours, j’étais libre. A partir de ce moment, l’être mental en moi devint une Intelligence libre, un Mental universel. 

    On himself

    Comment Aurobindo Ghose a-t-il assimilé le concept d’évolution qui avait tant bouleversé les scientifiques – et le grand public – de la seconde moitié du XIXe siècle ? En biologie, la signification profonde de l’œuvre de Gregor Mendel (1822-1884), moine autrichien  ignoré de son vivant par la communauté scientifique, n’est reconnue qu’au tournant du XXe siècle. L’idée d’évolution d’un corps physique, vital, mental à partir de gènes microscopiques ne pouvait que séduire Aurobindo dans sa recherche sur le déploiement des formes vivantes révélant progressivement l’être divin, origine et moteur de l’évolution.

    Mais Sri Aurobindo n’est ni un mystique, ni un occultiste comme Blavatsky ; c’est avant tout un philosophe qui cherche à réhabiliter l’antique philosophie des brahmanes :

    L’époque a ses exigences, et il devient impératif que le savoir indien révèle à l’occidental ses fondements scientifiques. Car si nous ne le faisons pas nous-mêmes, les Européens le feront à notre place et le feront mal, discréditant au passage le savoir. Le phénomène de la Société Théosophique nous avertit d’une urgence pressante. Il ne suffira jamais de permettre à la science du savoir indien d’être représentée en Occident à travers ce médium étrange et déformant. Car cette société de chercheurs européens et dirigés par des Européens est née d’une impulsion sur laquelle l’Esprit du Temps lui-même insiste ; leur objet, vaguement saisi par eux, était au fond la coordination systématique, l’explication et la pratique de la religion orientale et de la discipline mentale et spirituelle orientale …

    La psychologie du Yoga

    S’intéressant à tous les grands penseurs de la première moitié du XXe siècle, Sri Aurobindo intègre dans sa philosophie les avancées de la physique quantique et la découverte de l’inconscient :

    Il est maintenant évident que la Matière n’est, en aucune façon, fondamentalement réelle ; c’est une structure de l’Energie. On commence même à se demander si les actes et les créations de cette Energie elle-même peuvent s’expliquer autrement que comme mouvements de puissance d’un Mental secret ou d’une secrète Conscience dont ses processus et ses étapes structurales seraient les formules. Il n’est donc plus possible de considérer la Matière comme l’unique réalité. L’interprétation matérialiste de l’existence résultait d’une concentration exclusive, d’une recherche portant sur un seul mouvement de l’Existence. […] Mais une solution de tout le problème de l’existence ne peut reposer sur une connaissance exclusive et unilatérale ; nous devons savoir non seulement ce que sont la Matière et ses processus, mais ce que sont le Mental et la Vie et leurs processus, et il faut également connaître l’Esprit et l’âme et tout ce qui se trouve derrière la surface matérielle.

    La Vie divine, tome 2

  • Les Védas

    Selon le fil conducteur de ce site, nous allons nous intéresser à l’une des plus anciennes sources relatives à l’origine du monde. Ce sont les Védas, un ensemble de textes révélés par audition à sept Sages appelés les sept Rishis. Ils datent de plusieurs siècles, soit de 1900 avant J.C., date à laquelle la rivière Sarasvati, souvent évoquée dans les textes, aurait été asséchée. Les sept Rishis sont parfois représentés dans une barque, image de leur voyage spirituel.

    Le mot sanskrit Veda signifie vision ou connaissance. Mais de quelle connaissance s’agit-il ? Parmi les Védas, le Rig-Véda est une collection d’hymnes rédigés dans un sanskrit très archaïque, qui contiennent des éléments de l’histoire de l’univers.

    On y trouve l’image d’un monde émergeant des eaux primordiales, l’idée d’un embryon d’or planant au-dessus des eaux et engendrant le cosmos, l’existence des dieux créateurs, Indra, Agni et Varuna, une vision cyclique de l’univers, avec des cycles de création, de préservation et de destruction, une réflexion philosophique exprimant une profonde incertitude quant à l’origine du monde, et enfin le Nāsadīya Sūkta, appelé Hymne de la Création (10. 129) , qui reflète les interrogations de l’homme face au néant et à l’existence. En voici la traduction de l’orientaliste Max Müller :

    Il n’y avait alors ni non-existence ni existence ;
    ni le royaume de l’espace, ni le ciel qui est au-delà ;
    qu’est-ce qui bougeait ? Où ? Sous la protection de qui ?

    Il n’y avait alors ni mort ni immortalité ;
    aucun signe distinctif de la nuit ou du jour ;
    ce Un respirait, sans souffle, de sa propre impulsion ;
    à part cela, il n’y avait rien au-delà.

    Il y avait d’abord des ténèbres, cachées par les ténèbres ;
    sans signes distinctifs, tout cela était eau ;
    ce qui, devenant, fut recouvert par le vide ;
    cet Un, par la force de la chaleur, naquit ;

    qui le sait vraiment ? Qui le proclamera ici ?
    D’où est-il né ? D’où vient cette création ?
    Les dieux sont venus ensuite, avec la création de cet univers.
    Qui sait donc d’où il est né ?

    S’il l’a créé ou non ;
    peut-être s’est-il formé tout seul, ou peut-être ne s’est-il pas formé ;
    celui qui est le surveillant au plus haut des cieux, le sait – ou peut-être même l’ignore-t-il ?

  • La Doctrine Secrète

    La Doctrine Secrète

    Comme annoncé dans le fil conducteur du site, nous allons nous appuyer sur les témoignages d’un passé très lointain qui nous est parvenu via des textes tels que la Genèse dans la Bible ou le Livre de Kiu-Te en Chine. Celui-ci contient les Stances de Dzyan dont Helena Blavatsky a fait le cœur de son livre de mille cinq cents pages, La Doctrine Secrète. Les Stances de Dzyan comptent deux parties : la Cosmogenèse, qui raconte comment l’univers s’est développé à partir « des ténèbres qui remplissaient le Tout sans bornes », et l’Anthropogenèse, qui décrit l’évolution de l’humanité au travers de sept races-racines remontant à plusieurs millions d’années.

     Pour en revenir à l’origine de l’Univers, citons les trois premiers Slokas (versets) de la première Stance de Dzyan :

    1. La Mère Eternelle, enveloppée dans ses Robes à jamais invisibles, avait de nouveau sommeillé pendant sept Eternités.
    2. Le Temps n’était pas, car il dormait dans le Sein infini de la Durée.
    3. Le Mental Universel n’était pas, car il n’y avait pas de Ah-hi (êtres célestes) pour le contenir.

    La Mère Eternelle est l’Espace, la seule chose éternelle que nous soyons capables d’imaginer facilement. Cet Espace immuable est sans dimensions. Ses robes invisibles représentent l’essence spirituelle de la matière, et non la matière telle que nous la connaissons.

    Elle avait de nouveau sommeillé… Ceci fait allusion aux cycles (dissolution et manifestation) qui se répètent indéfiniment.

    Les sept Eternités sont des éons ou périodes équivalant aux sept périodes d’un Manvantara, et un Manvantara s’étend sur le règne d’un Manu, un Manu étant l’ancêtre d’une humanité entre deux déluges. Nous sommes actuellement dans le septième, celui de Vaivasvata Manu, l’équivalent du Noé biblique.

    Chaque Manvantara dure 306 720 000 ans, soit 852 000 années divines ; une année divine couvre 360 années solaires.

    Le Temps, dit H.P.B., n’est qu’une illusion produite par la succession de nos états de conscience, à mesure que nous voyageons à travers la Durée éternelle. Il n’y a donc pas de Temps sans conscience.

    Le Mental est le nom donné à la somme des états de conscience appelés Pensée, Volonté, Sentiment. Pendant le sommeil profond, l’idéation et la mémoire sont suspendues. Il n’y avait ni êtres célestes ni êtres terrestres pour manifester Pensée, Volonté, ou Sentiment, car tous reposaient dans le Pralaya, cette longue période de dissolution ou de non-existence.