Catégorie : Le temps

  • Le sourire du Sceptique (2)

    Les premiers pas du Sceptique

    La respiration du temps c’est la musique. ..

    Pas les chants des oiseaux. ..

    La musique jouée par des humains

    Qui n’ont rien à foutre dans le temps !

    On est des immigrés dans le temps

    Alors que les animaux et les plantes sont chez eux? I

    ls n’ont pas besoin d’en parler pour le vivre…

    Ils peuvent lire l’heure sans montre. …

    Leur montre du jour est le Soleil

    Leur montre de nuit sont les étoiles

    Etl le temps se mesurait depuis leurs grottes!,

    Demande confirmation d’animaux qui y habitent sur les murs…

  • Le septième Rishi

    Le septième Rishi

    Il entendit vibrer le silence infini

    dans chaque fil tendu sur la trame du monde

    Il entendit la voix qui sortait de l’abîme

    appelant ciel et terre et mer à l’existence

    Il vit des univers dormant au fond des eaux

    un souffle fit frémir les flots à la surface

    L’Un se multiplia le vide se remplit

    Il vit des dieux grandir et agrandir l’espace

    le temps se déployer coeur battant sans mémoire

    et sur ce coeur battant la danse des atomes

    Il traduisit les sons les frissons et les rythmes

    avec les premiers mots qui chantaient l’indicible

  • Journal de rêves : Shams

    En autohypnose, Alice posa d’emblée la question « Où et quand ai-je connu Shams ? », et elle apprit à calmer ses corps physique, astral, mental, afin de s’ouvrir à de nouvelles images. Il fallut quelques séances avant de produire des visualisations significatives.

    Un enfant à moitié nu précédait Alice dans un souterrain, mais elle ne le voyait que de dos. Elle crut comprendre que son petit guide était Dimitri, l’enfant mort-né en 1985, et elle fondit en larmes. Mais elle pouvait désormais compter sur une présence affectueuse dans l’autre monde, zone mystérieuse de « l’implicite », selon David Bohm. Au cours des siestes quotidiennes de ce mois de juillet torride, elle plongea dans son subconscient, avec de plus en plus d’audace et de détermination.

    Alice fit enfin un rêve éveillé qui la bouleversa : « Je me trouve au bord d’un fleuve houleux. Il y a eu une inondation et je suis seul rescapé de ma famille (je suis un garçon) avec mon père. Nous sommes accrochés à un tronc d’arbre qui flotte sur le fleuve, ou plutôt assis sur ce tronc, car le fleuve est calme à présent. Un autre petit garçon survient, qui a perdu toute sa famille lui aussi ; je lui tends la main et je lui dis : Tu peux rester avec Papa si tu veux, je ne t’abandonnerai pas. » Alice reconnut Shams dans ce frère adoptif apporté par les eaux.

    Dans la réalité de 1995, Shams avait été apporté par les eaux turquoise de la piscine, grâce à l’ingénuité de Félix, le fils d’Alice qui jouait sur le bord et qui avait répondu à ses questions – de même que le petit Dimitri l’avait amené vers Alice dans son rêve éveillé.

    Sur le rivage d’un lac indien, Alice et Shams jouaient avec des galets ; ils construisaient un petit train qui traversait un tunnel modelé dans la terre, puis ils faisaient des ronds dans l’eau, comme tous les enfants du monde. Plus tard, Alice apercevait une flamme énorme s’élevant au milieu du lac : c’était un bûcher funéraire. Puis son inconscient se taisait, Alice ne voyait plus que du blanc lors de ses tentatives de régression dans le passé.

    Un quart de siècle plus tard, les messages du monde implicite s’actualisèrent. Une épidémie venue de Chine ravagea l’Europe, puis tous les continents. L’Italie fut frappée de plein fouet, et notamment la Vénétie où vivait Shams. Alice, qui depuis peu avait retrouvé de nouveaux rêves éveillés, essaya d’entrer en contact avec l’image de Shams. Elle aperçut très vite au bord d’un fleuve une barque chargée de sept moines capucins, debout et vus de dos, la tête complètement dissimulée par un capuchon ; l’un d’eux tenait à la main une corde qui s’enfonçait dans l’eau. Alice comprit. Un autre rêve montra Shams sous l’eau, agrippé à cette corde et se débattant dans les affres de l’agonie. La troisième tentative se solda par un écran noir troué d’une enveloppe blanche. La quatrième remit au devant de la scène la barque funéraire, sans corde ni moines cette fois, mais entourée de jeunes garçons jouant dans l’eau – comme le font tous les enfants autour d’un objet flottant : « Le flot joue avec les enfants et le pâle éclat de la plage sourit… ». C’était à n’en pas douter un symbole de renaissance, « et des tombes d’hier fleurira l’amandier »…

    À Vicenza, Alice lui avait dit : « Je veux te revoir dans la prochaine vie, et pour cela tu devras penser à moi au moment de mourir. »

    Alice aurait voulu accompagner Shams dans ce long voyage qui mène de la mort à une vie nouvelle mais elle se heurtait à l’écran noir. Comment faire ? Il fallait se contenter de capter les messages venus du subconscient, région intermédiaire du psychisme qui s’exprime, entre autres, par ce que Jung appelle des « synchronicités », c’est-à-dire la simultanéité de deux événements qui n’ont pas de lien de causalité physique, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les vit.

    La première synchronicité fut, dans le jardin d’Alice, la croissance et la floraison d’un superbe iris au cœur d’or, suivi par celles d’une digitale pourpre. Ces fleurs apparues en 2020 ne revinrent pas les années suivantes. Il y eut aussi un étrange papillon posé sur le chambranle de la porte du living, immobile pendant deux jours puis retrouvé mort dans une autre pièce.

    Selon la technique recommandée à Josepha, Alice chercha la signification symbolique de ces cadeaux tombés du ciel. Dans la mythologie grecque, la déesse Iris, figure féminine d’Hermès, est la messagère des dieux : comme lui, elle est légère, ailée, rapide ; elle est vêtue d’un voile aux couleurs de l’arc-en-ciel ; elle représente la liaison entre la Terre et le Ciel, les humains et les dieux. La digitale pourpre était considérée autrefois comme une plante magique qui protégeait les chaumières contre les forces souterraines néfastes ; comme tous les symboles, elle présente en même temps un aspect négatif (c’est un poison violent) et un aspect positif (elle est employée dans la pharmacopée pour soigner les insuffisances cardiaques). Le papillon, assez sombre mais pourvu d’ocelles éclatants sur ses ailes inférieures, appartenait à la catégorie « sphinx » ; il symbolisait l’âme et ses métamorphoses. Alice était ravie d’apprendre toutes ces significations qu’elle interprétait comme des messages de Shams.

  • Le temps selon la Doctrine Secrète

    il a fallu attendre une publication de 1912, de l’astronome et météorologue allemand Alfred Wegener, pour imaginer que les continents avaient pu former une seule masse il y a 290 millions d’années ; cette masse fut appelée « Pangée », une seule terre.

    La Pangée aurait subsisté de la fin du Carbonifère au début du Permien. Les géologues du début du XXe siècle rejetèrent la théorie de Wegener, mais quarante ans plus tard des géophysiciens démontrèrent que la dérive des continents était due à la tectonique des plaques et que Wegener avait raison.

    Cinq continents, cinq races humaines

    Helena Blavatsky a devancé Alfred Wegener en décrivant les cinq continents sur lesquels se succédèrent les cinq Races-Racines de l’humanité. Le premier est « la Terre sacrée Impérissable », seule terre appelée à subsister du début à la fin du Manvantara actuel : elle est le berceau du premier humain et la demeure du dernier mortel divin. On ne peut la situer précisément.

    Une remarque s’impose à l’intention du Lecteur Abasourdi du XXIe siècle : quand Blavatsky parle de races et de sous-races, il ne s’agit nullement d’une classification dévalorisante et discriminatoire ; ces termes désignent simplement des vagues de population successives.

    Le deuxième continent est le continent Hyperboréen, que nous avons évoqué à propos de l’Age d’Or. Il englobait l’actuelle Asie du Nord et s’étendait au sud et à l’ouest du Pôle Nord. C’est là que vécurent les hommes-dieux de la 2e Race-Racine, ces géants plus âgés que Mathusalem.

    Le troisième continent est appelé « Lémurien », une invention de Philip Lutley Sclater, zoologiste anglais du XIXe siècle, qui découvrit les fossiles d’un lémurien noir aux yeux bleus à la fois à Madagascar et en Inde, et en déduisit l’existence préhistorique d’un continent qui s’étendait de Madagascar à Ceylan (Sri Lanka) et à Sumatra (Indonésie). Helena Blavatsky adopta ce nom de Lémurie pour désigner le troisième continent. En réalité, dit-elle, cet énorme continent se prolongeait en Afrique à l’ouest et en Australie à l’est ; il est à présent recouvert par les eaux du Pacifique, ne laissant plus apparaître que quelques îles.

    Le quatrième continent est l’Atlantide, évoquée par Platon (de – 428 à – 348) dans deux de ses Dialogues, le Timée et le Critias. Platon en fait une île située au-delà des Colonnes d’Hercule, c’est-à-dire des montagnes bordant le détroit de Gibraltar. Le Critias donne plusieurs détails sur les mœurs des Atlantes : ce sont des conquérants, annexant à leur île une partie de l’Afrique jusqu’à l’Égypte, et de l’Europe jusqu’à l’Italie. Mais ils se corrompent au fil du temps, ce qui provoque la colère de Zeus. Peu après la victoire des Grecs, des tremblements de terre secouent Athènes ainsi que l’Atlantide ; celle-ci est engloutie dans un immense raz de marée.

    Le cinquième continent est le berceau de notre cinquième Race-Racine Aryenne, l’Eurasie, à laquelle appartenaient encore le delta du Nil en Egypte et l’Afrique du Nord, « l’Ancien Monde » : c’est là que naquirent les premières civilisations, en Mésopotamie, en Perse, en Inde, en Chine et autour de la Méditerranée. A la fin des périodes glaciaires, vers 10 500 avant J.C., le Sahara était une vallée verdoyante et fertile ; les changements climatiques des années – 8000 desséchèrent cette région et la transformèrent en désert. La Doctrine Secrète assigne à la Race Aryenne une durée d’un million d’années, de sa naissance à nos jours.

    La cinquième Race, la nôtre !

    Les humains de la cinquième Race étaient plus petits que leurs ancêtres et ils vivaient moins longtemps. Ils générèrent sept Sous-Races parmi lesquelles la cinquième Sous-Race, la nôtre, est dominée par les Anglo-Saxons et les Teutons, ancienne tribu d’Europe du Nord d’origine germanique ou celtique. Avant elle, la première Sous-Race a prospéré en Asie centrale, dans des royaumes maintenant disparus, et dont les ruines existent encore dans l’Himalaya à travers le Tibet. La deuxième Sous-Race se développa en Inde et dans le sud de l’Asie. La troisième créa les puissantes civilisations de Babylone, de Chaldée, d’Egypte, la quatrième celles de la Grèce et de Rome.

    Le Lecteur Perspicace aura noté que le Tibet, terre de la première Sous-Race, a produit les Stances de Dzyan dont Helena Blavatsky s’est inspirée pour rédiger la Doctrine Secrète. De même, c’est l’Inde de la deuxième Sous-Race qui fut le berceau des Vedas, source inépuisable d’informations tant pour Sri Aurobindo que pour Blavatsky. Après cela, les messages du passé deviennent plus flous, plus colorés par les mythologies chaldéenne, égyptienne, grecque et romaine ; un exemple flagrant de message défiguré est celui de la Bible judéo-chrétienne, qui nous a laissé l’histoire un peu puérile de la Genèse.

    Ici, le thème du temps long exige que nous nous projetions dans l’avenir. Helena Blavatsky prévoit que le continent euro-asiatique ne sera plus la demeure des prochaines Sous-Races. Elle écrit en 1887 :  

    De purs Anglo-Saxons qu’ils étaient il y a trois cents ans à peine, les Américains des Etats-Unis forment déjà une nation à part et, par suite d’un grand apport de différentes nationalités et par mariages mixtes, ils forment presque une race sui generis, non seulement mentalement, mais aussi physiquement. […] Bref, ils présentent les germes de la sixième Sous-Race et deviendront certainement dans quelques centaines d’années, les pionniers de cette race qui doit, avec toutes ses nouvelles caractéristiques, succéder à la race Européenne actuelle, ou cinquième Sous-Race. Après cela, dans environ 25 000 ans, ils commenceront les préparatifs pour la septième Sous-Race, jusqu’au moment où la sixième Race-Racine fera son apparition sur la scène de notre Ronde, après des cataclysmes dont la première série doit un jour détruire l’Europe et plus tard la Race Aryenne tout entière.

    H.P.B. rassure cependant les amoureux du continent européen :

    Les derniers vestiges du Cinquième Continent ne disparaîtront que quelque temps après la naissance de la nouvelle Race : lorsqu’une nouvelle demeure, le Sixième Continent, aura fait son apparition au-dessus des nouvelles eaux, sur la surface du Globe, afin de recevoir la nouvelle venue. (Doctrine Secrète, tome 3)

    Ces pionniers de la nouvelle Race donneront naissance, pendant des milliers d’années, à des enfants considérés comme anormaux, physiquement et mentalement. Sans doute est-ce par ces transformations génétiques que les Races et les Sous-Races se succèdent.

  • La science et le temps

    L’origine du temps

    L’origine du temps, c’est le titre du beau livre de Thomas Hertog, un cosmologiste belge né en 1975 qui a travaillé vingt ans avec le célèbre Stephen Hawking sur le thème de l’inflation cosmique. La troisième Stance de Dzyan  évoquait déjà cette expansion de l’univers :

    Sloka 1 : … La Mère se gonfle, elle croît de dedans en dehors, comme le Bouton du Lotus.

    Le gonflement de la Mère « de dedans en dehors » représente clairement l’inflation cosmique décrite par Georges Lemaître, un autre astronome belge (1894-1966) qui avait démontré que c’est l’espace lui-même qui s’étire comme une toile et qui fait apparaître les galaxies comme s’éloignant les unes des autres. Il découvrit aussi que l’univers avait pu traverser une longue période de très faible expansion pendant laquelle les galaxies, les étoiles et les planètes auraient eu le temps de se former ; il appela ce phénomène « l’univers hésitant », phénomène qui d’ailleurs serait plus favorable à l’expansion de la vie.

    L’intuition de Georges Lemaître fut confirmée par l’observation de supernovae, c’est-à-dire de l’implosion des étoiles en fin de vie. L’implosion d’une étoile s’accompagne d’un jaillissement de lumière et de la libération d’éléments chimiques qu’elle a synthétisés durant sa vie : ce sont peut-être « les Fils qui se séparent et se dispersent », selon la métaphore du Sloka 11;

    Nous devons aussi à Georges Lemaître l’idée d’un début de l’Univers, sous forme d’un atome primitif hyperdense dont la désintégration donnerait naissance au cosmos : sans l’avoir nommé (c’est Fred Hoyle qui s’en chargera), il imaginait le Big Bang. Or, bien avant lui, les Anciens parlaient d’un Germe, d’un Œuf Cosmique contenant en puissance tout l’Univers. Einstein, son contemporain, rejetait toute idée d’un commencement, s’en tenant à l’image d’un Univers stationnaire.

    Stephen Hawking et Thomas Hertog entreprirent de remonter le temps jusqu’au Big Bang. Il y a 13,8 milliards d’années, il n’y avait pas de temps, pas de causalité – donc pas de lois physiques, ce qu’exprime très bien la première Stance de Dzyan :

    Sloka 2 : Le Temps n’était pas, car il dormait dans le Sein infini de la Durée.

    Sloka 3 : Le Mental Universel n’était pas, car il n’y avait pas de Ah-hi [êtres célestes] pour le contenir.

    De même que le Mental Universel n’était pas, faute d’êtres intelligents pour le contenir (Sloka 3), le Temps, l’Espace terrestre et la Causalité n’étaient pas, faute de conscience pour affirmer leur existence. C’est exactement ce que dit la physique quantique : le passé non observé n’existe que sous la forme de spectre des possibles (une fonction d’onde) ; dès qu’il est observé, il se transforme en ondes ou en particules, il prend forme. Le fait d’observer transforme donc ce qui pourrait être en ce qui est.

    Mais alors, demande le Lecteur Impatient, quand le Temps a-t-il commencé ?

    Le Temps commence avec la conscience qui observe son déroulement. Helena Blavasky ne définit-elle pas le Temps comme « une succession d’états de conscience » ?

    Et encore avant la naissance du Temps ? insiste le Lecteur Obstiné.

    Avant, c’était le Pralaya, le sommeil du monde, mais seuls les textes ésotériques le révèlent ; la science actuelle ne conçoit le Pralaya que comme « une singularité », soit une région de l’espace-temps où les quantités deviennent infinies. On peut espérer trouver mieux…

    Deux façons de se représenter le temps

    Dans le paradigme matérialiste, le temps est linéaire, composé de trois « moments » qui se succèdent toujours dans le même ordre, le passé, le présent, le futur ; on parle alors de « la flèche du temps ». Pourtant, Einstein lui-même disait que « La distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle ».

    Dans le nouveau paradigme, que nous appellerons intuitif, le temps est roulé en boule : c’est une spirale infinie, une continuité cyclique mais en progrès, dessin qui apparaît dans tous les règnes de la nature, de la coquille de l’escargot à la double hélice de l’ADN. En fait, nous devons élargir cette image d’un fil enroulé sur lui-même, car on sait depuis 1905 avec Poincarré que le temps n’est rien par lui-même, qu’il n’est que la quatrième dimension de l’espace-temps. Mais ce que nous appelons le temps cyclique est en fait l’énergie de l’évolution qui traverse la matière. Et cette énergie se déroule en spirale, comme on le voit dans les tornades ou dans la formation des galaxies.

    Dans la nouvelle image de la physique, nous voyons que la matière, représentée par l’œuf cosmique, déforme le « tissu » de l’espace-temps, et donc notre perception du réel. Plus on est près d’une grande masse de matière, plus l’espace-temps est déformé. C’est ainsi qu’Einstein a pu parler de « la courbure de l’espace-temps » capable de mettre un corps en mouvement à cause de la gravité. On déduit de cette nouvelle représentation que s’il n’y a pas de matière il n’y a pas d’espace-temps. Les trois notions sont intimement liées.

    La conscience des galets, des bactéries, des coccinelles, des grenouilles, des loups et des agneaux, la conscience des humains et celle des demi-dieux s’unissent pour former un grand dôme de matière invisible et impalpable au-dessus du monde : la Conscience Cosmique, que les scientifiques ont baptisée Noosphère. Ce dôme impulse et maintient les paradigmes qui conditionnent notre vision de l’univers, et notamment notre conception du temps : ce n’est pas la longueur du fil temporel qui importe ici – un jour, trois ans, cent ans, deux millénaires – mais le fait qu’il soit profondément ancré dans la matière. Or la matière est périssable, et plus encore quand elle est animée : la matière vivante naît, croît, se dégrade et meurt ; nous nous identifions à elle, croyant que nous naissons, croissons, nous dégradons et mourons.

    Dans le paradigme matérialiste, le passé semble figé à tout jamais ; le futur au contraire nous paraît souple, ajustable selon nos intentions et selon les circonstances de son accomplissement.

    Dans le paradigme intuitif, le passé du temps cyclique n’est pas figé : il peut se modifier dans la conscience, et la conscience peut en retrouver des bribes, comme celles qu’Alice a consignées dans son Journal de rêves.

    Les lignes temporelles

    La conscience peut aussi choisir parmi plusieurs lignes temporelles celle qui la mènera au futur qu’elle s’est fixé. Plusieurs lignes temporelles ? s’étonne le Lecteur Conditionné, accoutumé à une ligne du temps unique. Oui, plusieurs, si on raisonne dans le cadre de la physique quantique : le phénomène de l’intrication quantique montre que deux particules ou groupes de particules forment un système lié, comprenant des états interdépendants, quelle que soit la distance ou la durée qui les sépare, comme si ces particules échangeaient de l’information à une vitesse supra-luminique. Au niveau du macrocosme, on peut imaginer l’univers comme un ensemble de points (particules) disséminés dans l’espace-temps. L’intrication joue sur ces particules liées par l’information : différentes évolutions possibles coexistent, ce qui se traduit par plusieurs lignes temporelles.

    Mais qui dessine ces lignes temporelles ? C’est l’ensemble des consciences participant à la Noosphère depuis la nuit des temps jusqu’au prochain Pralaya.

    Dans un temps cyclique, ces lignes existent déjà : le futur est là en même temps que le présent, mais de façon moins dense que le présent. C’est parce que notre conscience se maintient dans la couche de la matière dense (selon le paradigme matérialiste) que nous n’accédons pas aux couches plus éthérées où se dessine l’avenir. Certains, qu’on appelle prophètes, transportent leur conscience aux niveaux éthérés d’autres lignes temporelles.

    Comment la conscience choisit-elle une ligne temporelle plutôt qu’une autre ?  La conscience choisit un itinéraire en fonction des informations dont elle dispose : la probabilité de réussite, par exemple, ou les interventions extérieures comme les conseils d’amis ou d’experts, le rapport qualité/prix, les conditions météo, etc. Et cette ligne temporelle est encore susceptible de bien des bifurcations. Certaines lignes temporelles sont adoptées spontanément par la conscience corporelle (forte densité) qui reconnaît les orientations bénéfiques pour le corps. D’autres sont sélectionnées de façon presque automatique, car la personnalité conditionnée par ses choix antérieurs, les diktats de la société ou les croyances philosophiques, a tendance à creuser toujours le même sillon. Pour les personnes très « formatées », on peut donc dire que le futur est une voie toute tracée.

    Mais il n’en va pas de même pour les humains connectés à leur âme (faible densité) : ceux-ci gardent leur libre arbitre. Leurs choix guidés par un mental illuminé ou mental intuitif, dessinent une évolution conforme à la volonté de leur âme.

    Le temps de la conscience inclut-il le Karma ? se demande le Lecteur Théosophique.

    Logiquement, ces nouvelles lignes temporelles choisies par la conscience devraient s’orienter en fonction du Karma, défini par Blavatsky comme « la loi infaillible qui ajuste l’effet à la cause, sur les plans physique, mental et spirituel de l’être ».

    Si, comme Alice le croit, le Karma permet à chaque être de se perfectionner de vie en vie, il est associé à la loi d’Evolution. Et nous avons vu que le Temps n’était que l’énergie évolutive à l’œuvre dans la Matière (physique, astrale, mentale). Il inclut donc le Karma.

  • L’avenir selon Sri Aurobindo

    Sri Aurobindo pressentait une mutation de l’espèce humaine dans un monde radicalement nouveau. La clé de cette mutation se trouvait dans le corps humain, si imparfait face à la maladie, au vieillissement et à la mort. « Cette imperfection même, assure Sri Aurobindo, recèle l’élan vers une perfection plus haute et plus complète. Elle contient l’ultime fini, qui pourtant aspire au Suprême Infini. Dieu est enfermé dans la boue… mais le fait même de cet emprisonnement impose la nécessité de faire un trou dans la prison. »

    Un être gnostique

    Par opposition à notre être mental actuel, caractérisé par l’Ignorance et par l’Inconscience, notre être supramental à venir sera un être gnostique, c’est-à-dire un Connaissant. Le saut évolutif permettant de passer d’un stade à l’autre sera le résultat de deux mouvements : celui du Pouvoir caché involué dans l’Inconscience, et celui de ce même Pouvoir déjà réalisé dans le domaine supérieur. Pour les lecteurs éduqués dans le christianisme, l’image des « langues de feu » se posant sur la tête des apôtres le jour de la Pentecôte symbolise ce Pouvoir venu d’en-haut.

    Dans La Vie divine, Sri Aurobindo précise d’abord qu’il n’y aura pas qu’un seul type d’homme, au contraire, « il y aurait une infinie diversité dans la manifestation de la conscience gnostique, et cependant cette conscience garderait une base et une constitution uniques. » En effet, tous les êtres gnostiques seront animés par une conscience supramentale, une conscience qui unifie et harmonise tout en acceptant les contradictions et les discordes, car elle sait que les voies divergentes finissent par ramener à l’unité. Pour reprendre une illustration dans la vie religieuse, pensons que le mouvement œcuménique vise à atteindre la Divinité par des doctrines aussi différentes que celles du protestantisme, de l’église orthodoxe et de l’église catholique romaine.

    Comme Helena Blavatsky qui prédit la venue d’une Sixième Race-Racine, Sri Aurobindo ne craint pas d’évoquer l’émergence d’une « race supramentale », dont la deuxième caractéristique serait la cohérence : « L’individu gnostique sera le couronnement de l’homme spirituel ; son mode d’être, de penser, de vivre, d’agir, sera tout entier gouverné par le pouvoir d’une vaste spiritualité universelle. » Autant dire qu’il n’y aura plus de contradictions entre le corps physique, le corps émotionnel, le corps mental et le corps psychique, contradictions qui sont souvent, dans la vie actuelle, sources de grandes souffrances. Plus de contradictions non plus entre l’individu et la totalité de la Nature, mais bien une harmonie fondamentale. L’être gnostique ayant dominé sa personnalité, il ne  cherchera plus ni à dominer le monde, ni à s’y soumettre : « Il connaîtra les forces cosmiques, leur mouvement et leur signification comme une partie de lui-même. »

    Ne perdons pas de vue que l’évolution décrite par Sri Aurobindo est une évolution de l’intelligence humaine, et qui dit intelligence dit relation, accord, capacité de voir les liens entre les choses. La conscience supramentale possédera cette vérité des relations, elle aura le pouvoir d’agir sur l’Ignorance qui a régi notre monde jusqu’à présent. Elle sera fécondée par l’intelligence émotionnelle, qui selon Daniel Goleman inclut la maîtrise de soi, l’empathie (source de l’altruisme), l’ardeur et la persévérance, ainsi que la faculté de s’inciter soi-même à l’action.

    Des caractéristiques précédentes – diversité, cohérence, harmonie, intelligence supérieure – résultera une joie d’être, une joie cosmique sans commune mesure avec ce que nous appelons le bonheur, et cette joie sera communicative. L’action désintéressée est en effet une autre caractéristique de l’être gnostique : sans chercher à récolter les fruits de son travail, il trouvera sa joie dans le travail lui-même.

    Une société gnostique

    Le dernier chapitre de La Vie divine ébauche la description d’une société gnostique et des moyens de la construire. Dans la vie actuelle, l’homme semble être le produit du monde : tout ce que nous respirons, mangeons, buvons, construit notre corps physique ; tout ce que nous apprenons, lisons, discutons, transmettons, construit notre corps mental et sentimental. Mais dans une société spirituelle, c’est l’être humain qui se crée et qui crée son environnement, « pour en faire quelque chose de nouveau, d’harmonieux, de parfait ». La vie intérieure prend alors une importance primordiale. Elle initie un processus de transformation visant à rendre plus parfaits ces instruments que sont nos pensées, nos sentiments et nos actions. L’éducation, l’observance des lois de la société ne suffisent pas à opérer cette transformation : la croissance ne peut venir du dehors, elle doit venir de l’être intérieur. La première étape consiste à devenir pleinement conscient de soi-même, conscient de sa force et de son pouvoir, conscient de la joie d’être. Or la plénitude de l’être est éternité ; il s’agit donc de faire éclater le cadre physique et temporel dans lequel s’exerce notre perception, de transcender la conscience du corps et de dépasser l’inévitable transition de la mort. La plénitude de l’être est aussi universalité ; il s’agit alors de dépasser les limites mentales individuelles et d’entrer dans le mental universel. Le « Connais-toi toi-même » de Socrate ne peut se réaliser que dans le silence intérieur. Or notre être mental déteste le silence, qu’il assimile au vide, à l’extinction ou à la non-existence. Mais ce passage par le silence est nécessaire pour que l’esprit se vide de son contenu bourbeux et s’ouvre à une existence supérieure. « C’est une plongée dans l’indicible supraconscience de l’Absolu ».

    On a du mal à l’imaginer : la vie sociale des êtres gnostiques sera fondée non sur les sentiments superficiels d’amour et de sympathie que nous éprouvons à présent, mais sur la conscience d’une profonde unité, sur la connaissance intime du moi d’autrui. Il n’y aura pas d’ego séparateur prenant des initiatives malheureuses, chacun agira « pour le Divin en autrui et le Divin en tout ».

    La Vie divine signifie l’accomplissement de la perfection individuelle et la plénitude intérieure de l’être. Construire une société gnostique exige l’apparition d’individus évolués agissant sur la masse non évoluée, mais aussi d’un grand nombre d’individus gnostiques formant une nouvelle vie commune. Sri Aurobindo prévoit plusieurs communautés gnostiques, chacune incarnant une façon d’être de l’esprit, mais il n’y aura aucune discorde entre ces diverses communautés. A l’intérieur de chaque communauté seront réunis différents stades de l’être gnostique en évolution et tous ces concitoyens vivront en bonne intelligence.

  • Le temps long des Brahmanes

    Dans toute son oeuvre, Helena Blavatsky revendique l’héritage de l’Inde ancienne : « L’Hindou Aryen appartient aux plus anciennes races qui sont actuellement sur la terre ; le Sémite Hébreu appartient à la plus récente. Le premier est âgé de près d’un million d’années ; le dernier constitue une petite sous-race âgée de quelque 8000 ans, pas davantage. » H.P.B. attribue la chronologie des Brahmanes à Asouramaya, « le plus grand des astronomes » et aussi « le plus puissant sorcier de l’Ile Blanche », c’est-à-dire de ce qu’il restait de l’Atlantide.

    Depuis le commencement de l’évolution cosmique (dans notre système solaire uniquement) jusqu’à l’année 1887, année de parution de la Doctrine Secrète, se sont écoulées 1 955 884 687 années. Le temps passé depuis la première apparition de l’humanité sur notre chaîne planétaire serait de 1 664 500 987 ans. Le nombre d’années écoulées depuis le Manvantara de Vaivasvata (l’équivalent de Noé) jusqu’à 1887 serait de 18 618 728. Helena Blavatsky explique que Vaivasvata Manu est l’unique être humain sauvé du déluge dans un navire (ou arche). Un Manvantara est une période de temps cyclique correspondant au règne d’un Manu, ancêtre de l’humanité. Nous sommes actuellement dans le septième Manvantara. Chaque Manvantara dure 306 720 000 ans et se compose de 71 cycles Yuga ou âges cycliques de 4 320 000 ans. Dans un Kalpa (ou jour de Brahma) qui dure 4,32 milliards d’années, on compte quatorze Manvantaras, chacun étant suivi d’un Sandhya ou intervalle d’une durée de 1 728 000 ans. On observe (façon de parler) un déluge au cours de chaque Manvantara-Sandhya.

    Ce portrait indien de Vaivasvata Manu nous le montre dans la gueule d’un poisson : il aurait été sauvé du déluge par l’avatar Matsya de Vishnu, sous forme d’un poisson qui l’a averti de la catastrophe et lui a ordonné de construire un bateau pour sauver sa famille et une variété d’animaux. 

    Le Scribe Mathématicien voyant à ses côtés le Lecteur Déconfit prend le parti de reproduire le tableau donné par Helena Blavatsky dans le premier tome de la Doctrine Secrète :

    360 jours des mortels font une année                                  1

    Le Krita Yuga contient                                            1 728 000

    Le Trêta Yuga contient                                           1 296 000

    Le Dvâpara Yuga contient                                         864 000

    Le Kali Yuga contient                                                432 000

    Le total de ces 4 Yugas constitue un Mahâ Yuga de       4 320 000

    71 de ces Mahâ Yuga forment un Manvantara, soit   306 720 000

    Les règnes des 14 Manus font 994 Mahâ Yugas :   4 294 080 000

    Les intervalles entre les règnes des Manus (Sandhis)   25 920 000

    Le total des règnes et interrègnes des 14 Manus = un Kalpa :                                                                                 4 320 000 000

    Un jour et une nuit de Brahma contiendraient           8 640 000 000

    360 jours et nuits = une année de Brahma      3 110 400 000 000

    100 années de Brahma = un Mahâ Kalpa :  311 040 000 000 000

    Chaque jour de Brahma représente la création d’un univers (à partir d’un Big Bang, dirions-nous au XXIe siècle) ; chaque nuit Brahma réintègre en lui cet univers sous forme de potentialité (ce serait un Big Crunch) : il y aurait donc une alternance d’évolutions et d’involutions dont nous ne voyons pas la fin. Pourtant, au terme de la vie de Brahma, l’univers se résorbera dans l’Esprit et un nouveau cycle démarrera avec un nouveau dieu créateur. Voilà ce qu’est la vie longue : un temps cyclique infini.

    Le Lecteur Intéressé pourra se référer au livre bientôt publié on line : Alice ou la vie longue, tome 1(la Cosmogenèse).